Interview de Jorge Bergoglio, Archevêque de Buenos-Ayres

Il est essentiel que nous les catholiques (les prêtres comme les laïcs) allions à la rencontre des gens

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-Pensez vous que l’église fait correctement son travail ?

<<Je vais vous parler de l’église d’Argentine, celle que je connais le mieux.

Les lignes pastorales pour la nouvelle évangélisation que nous, évêques, avons diffusées en 1990, commençaient par  rappeler l’importance d’un accueil cordial. La tentation qui nous menace, nous les prêtres, est d’être des administrateurs et non des pasteurs. Quand une personne va dans sa paroisse pour un sacrement ou autre chose, ce n’est plus le prêtre qui la reçoit, mais la secrétaire paroissiale qui, parfois, est une harpie. Je connais un diocèse où iol y avait une secrétaire que les fidèles appelaient “la tarentule”.

Le problème c’est que ce type de personnes, non seulement effraie les gens et les éloigne du curé, de la paroisse, mais également de l’église et de Jésus. Il ne faut pas oublier que pour beaucoup de gens, la paroisse qui est au coin de la rue, est la porte d’accès à la religion catholique, de là l' importance de l'accueil.>>

<<- A la différence de la plupart des communauté évangélistes, où il y a une cordialité, une proximité, où l’on appelle les personnes par leur nom...Mais où l’on n’attend pas non plus que les gens viennent d’eux même, on va les chercher.>>

<<Il est essentiel que nous les catholiques (les prêtres comme les laïcs) allions à la rencontre des gens. Un curé d’une grande sagesse me disait un jour que nous sommes dans une situation totalement opposée à celle dont parle la parabole du Bon pasteur qui avait quatre vingt dix neuf brebis dans son enclos, et qui est parti à la recherche de celle qui s’était égarée : aujourd'hui nous en avons une dans l’enclos et quatre-vingt-dix-neuf que nous n’allons pas chercher ! Je crois sincèrement que le rôle essentiel de l'Église aujourd’hui, n’est pas de réduire le nombre de préceptes, de faciliter telle ou telle mesure, mais de sortir et d’aller vers les gens, de connaître chacun par son nom. Non seulement parce que c’est sa mission, sortir pour annoncer l'évangile, mais parce que ne pas le faire lui est dommageable. >>

- Qu’est ce à dire ?

<<Une église qui se contente d’administrer, qui vit repliée sur elle même, est dans la même situation qu’une personne enfermée : elle s’atrophie au physique et au mental. Elle se détériore, comme une pièce close envahie par moisissure .>>

Une église qui ne parle que d'elle vit la même chose qu'une personne qui ne pense qu'à elle, elle devient paranoïaque, autiste. Il est vrai qu'en descendant dans la rue on risque d'avoir un accident, Mais je préfère une Eglise accidentée plutôt qu'une église malade. Une église qui se content d'administrer, de conserver son petit  troupeau, est une église qui, à la longue devient malade. Le berger qui s'enferme n'est pas un véritable pasteur, mais un "peigneur" qui passe son temps à faire des frisettes au lieu d'aller chercher de nouvelles brebis.

Aller vers les gens, c'est sortir un peu de nous même, de l'enclos de nos images personnelles qui peuvent devenir un obstacle, nous fermer l'horizon qui est Dieu; se mettre en situation d'écoute. 

Les laïcs dans l'église, au contact des curés, risquent la cléricalisation. , car il est fréquent que les curés cléralisent les laïcs et que les laïcs demandent à être cléralisés. Il s'agit là d'une complicité pécheresse. Ceci dit les laïcs ont un potentiel qui n'est pas toujours bien utilisé. Nous croyons que le baptême suffit pour aller vers les gens. Je pense à ces communautés chrétiennes  du Japon qui sont restées sans prêtre durant plus de 200 ans. Quand les missionnaires sont revenus, ils ont vu que tout le monde avait été baptisés, catéchisés, dûment mariés à l'église. De plus ils ont découvert que tous ceux qui étaient morts avaient eu droit à des funérailles catholiques. La foi était demeurée intacte, protégée par la grâce, et la vie des laïcs en avait bénéficié; baptisés, ces laïcs avaient pu vivre leur mission apostolique.

L'Eglise, parce qu'elle vient d'une époque où le modèle culturel dominant la favorisait, s'est habituée à ce que ses instances soit ouvertes à tous ceux qui nous solliciteraient. C'était pertinent dans une communauté évangélisée. Mais dans la situation actuelle, l'Eglise a besoin de transformer ses structures et ses approches pastorales en les orientant vers le geste missionnaire. Nous ne pouvons pas persévérer dans le clientélisme et attendre passivement "le client", le fidèle ; il nous faut des structures qui nous permettent d'aller vers ceux qui ont besoin de nous, là où les gens sont, vers ceux qui répugnent à frayer avec des structures et des formes caduques, qui ne répondent pas à leurs expectatives ni à leur sensibilité. Il faut faire preuve d'magination et revoir notre manière d'être présents dans les différents milieux de la société, afin que les paroisses et les institiutions soient au coeur de ladite société. Revisiter la vie interne del'Eglise pour aller vers le peuple de Dieu. Opérer une conversion pastorale et passer d'une Eglise "régulatrice de la foi" à une Eglise qui transmet et facilite la foi. Cela suppose une église missionnaire ! >>

<<-Encore faut il aussi les convaincre. Ne pensez vous pas que certains prêches, pleins de réprimandes puissent les effrayer ?>>

<< Bien entendu. Les gens s'en vont, quand ils ne se sentent pas accueillis, quand ils ne se sentent pas reconnus dans les petits gestes de la vie, quand on ne va pas les chercher. Mais aussi quand on ne les fait pas participer à la joie du message évangélique, à la félicité de vivre chrétiennement. Le problème ne vient pas seulemnent des curés, mais aussi des laïcs. Ne voir que ce qu'il y a de négatif, ce qui nous sépare, n'est pas le fait d'un bon catholique. Ce n'est pas ce que veut Jésus. Non seulement ça effraie et ça mutile le message, mais ça implique que l'on refuse d'assumer les choses de la vie alors que le Christ a tout assumé. On ne rachète que ce qui a été assumé. Si l'on n'assume pas le fait que dans la société, il y a des personnes qui vivent suivant des critères différents et même opposés aux nôtres, que nous ne les respectons pas et ne prions pas pour elles, jamais elles ne seront rachetées dans notre coeur.

Nous devons faire en sorte que l'idéologie ne gagne jamais sur la morale.

Ceci n'est pas un trucage ! !Une tourterelle , vole autour du Papeimage001-20le-20pape-20francois-2.jpg
François et se pose sur sa main !
Colombe de paix rencontrant l'homme de paix ! Signe du ciel !


 

En contrepartie, n’existe t’il pas une tendance croissante de “la religion à la carte”, choisir le prêtre qui plaît le plus, les préceptes les moins dérangeants ?

<< C’est une tendance très répandue dans notre société de consommation. Certains choisissent une messe selon le prêche du curé et, deux mois plus tard, critiquent le choeur et changent à nouveau. Il y a un glissement du fait religieux vers l’esthétique. On change de gondole dans le supermarché du religieux. C’est la religion considérée comme un produit de consommation, un phénomène étroitement lié à un certain théïsme diffus, élaboré avec les paramètres du “niew-âge, qui mélangent satisfaction personnelle, relaxation, “être bien”. Ce phénomène se voit surtout dans les grandes villes, mais il ne se limite pas aux milieux cultivés. Dans les milieux populaires, dans les bidonvilles, parfois on va chercher un pasteur évangélique parce qu’il “me reviens” >>

- Mais, est ce si grave que les gens assistent à la célébration qui les émeut le plus ou qu’ils aillent voir un prêtre qui les enthousiasme d’avantage ?

<<Ou celui qui correspond à leurs idées politiques, car au sein de cette “religion à la carte”, on fait parfois des choix reliigieux basés sur l’idéologie. Je choisis telle ou telle messe parce que le prêtre a une doctrine qui me plaît ou parce que tel ou tel curé est “plus ouvert” ou plus “progressiste”. Pour répondre plus précisément à votre question, je dirai que ce serai grave si cela exprimait l’absence d’une rencontre personnelle avec Dieu. Je pense qu’il faut réinventer le fait religieux en tant que mouvement visant la rencontre avec Jésus Christ.



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Date de dernière mise à jour : 29/07/2013

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