Le déroulement des sacrifices à l'époque de Jésus

Le rituel

Le déroulement des sacrifices dans le temple de Jérusalem

Le temple est à la fois une étable qui recueille les animaux, un équarrissage lors de l'égorgement rituel et une boucherie au moment du partage des morceaux de viande entre les différents officiants, appelés "prêtres". Le sang est le cœur du rituel. Le rabbin Epstein, l'éditeur - au sens anglais du terme, c'est-à-dire le maître d'œuvre de l'édition Soncino - explique dans son introduction que l'aspersion avec le sang de la bête égorgée constituait le coeur du rituel du temps de Jésus. Lors de l'égorgement du taureau ou du bouc, "their blood requires sprinkling between the staves [of the ark], on the veil, and on the golden altar …" "leur sang sert à asperger l'espace autour de l'arche, le voile [qui dissimule l'arche] et l'autel d'or." (Babylonian Talmud, Tractate Zebahim 47a Soncino 1961 Edition, page 238)

Lors de la création de l'Etat d'Israël en 1948 ce même rabbin Epstein a déploré que la restauration du rituel des sacrifices sanglants rencontrât, pour le moment encore soupirait-il, des problèmes pratiques! Mais ils sont nombreux, ajoutait-il, les juifs qui attendent que l'Etat s'empare du Mont du Temple, démantèle les lieux saints musulmans et érige le Troisième Temple sur le site.

C'est donc au nombreux versets du Talmud que nous devons les renseignements précieux qui nous sont parvenus sur la manière dont se déroulait le rituel des sacrifices.

Il en existait de nombreuses catégories: ils étaient soit obligatoires, soit volontaires. Il y avait des sacrifices collectifs engagés au nom de toute la communauté qui se divisaient entre ceux qui étaient réalisés tôt le matin et ceux qui se déroulaient l'après-midi, chacun avec un rituel différent. A ceux-là s'ajoutaient les sacrifices supplémentaires pour les Sabbats, les Nouvelles Lunes, les Fêtes ou le Jour du Grand Pardon.

Quant aux sacrifices individuels, certains d'entre-eux présentaient un caractère honorifique et étaient des offrandes effectuées en hommage à Dieu (Shelem plur. Shelamim), mais d'autres étaient piaculaires (Hattath) , c'est-à-dire expiatoires d'une faute, d'autres encore étaient tributaires et l'offrande était présentée en signe reconnaissance à un Dieu dispensateur des dons de la nature (Todah). Là encore chaque type de sacrifice possédait son rituel spécifique.temple-a.jpg

Ainsi, au moment du sacrifice des boucs pour la rémission des péchés, lors des nouvelles lunes, l'animal est placé au nord, puis les prêtres déterminent par tirage au sort celui qui égorgera la bête, celui qui aspergera avec le sang, celui qui effacera les cendres des flambeaux, celui qui lèvera la tête de l'animal, celui qui sera chargé de la jambe droite, cet autre de la jambe gauche et ainsi de suite de toutes les parties du corps de l'animal au moment de le déposer sur l'autel.(Babylonian Talmud, Tractate Tamid 30b Soncino 1961 Edition, pages 19-20)

Il s'agissait d'égorger l'animal du bon côté de l'autel: le sacrifice du matin s'opérait dans le coin nord-ouest de l'autel, alors que celui du soir avait lieu dans le coin nord-est. Le sang de la bête devait lui aussi être recueilli du bon côté. (Babylonian Talmud, Tractate Tamid 30b Soncino 1961 Edition, page 22)

Le sang était rituellement offert à Jahvé, mais dans la réalité, et une fois coagulé, collé sur tout ce qui venait d'être aspergé, le voile, les murs, l'autel, le sol, il formait nécessairement une croûte noirâtre et puante qui attirait d'autant plus des nuages de mouches qu'une fois l'animal vidé de son sang, les nombreux officiants-bouchers et équarisseurs, dénommés "prêtres", procédaient à la répartition des morceaux de viande, si bien que la puanteur des entrailles et de leur contenu venait se mêler à celle du sang.

A Jahvé le sang, aux prêtres la viande dont ils faisaient commerce. De tous temps, le prêtre vit de l'autel. La Mishnah détaille avec minutie la manière dont le boucher sacrificateur doit procéder lors du dépeçage et de la répartition des morceaux: il commence par le geste classique de l'équarisseur qui consiste à faire un trou dans une jambe afin de suspendre l'animal, puis à l'ouvrir jusqu'aux côtes. Le texte n'oublie pas de préciser comment extraire le coeur, les poumons, le foie, qui doit être coupé en deux et débarrassé, comme il se doit de la vésicule biliaire.

La répartition des morceaux s'effectuait selon un tirage au sort préalable entre les participants. Le sacrificateur remettait alors l'estomac et les intestins - les tripes - entre les mains de celui auquel avait échu le lot des entrailles, afin qu'il les lavât au moins trois fois sur des tables de marbre qui se trouvaient entre les piliers. (Talmud de Babylone, traité Tamid 31a Soncino édition de 1961, page 23 )

La Mishnah décrit ensuite le découpage de la totalité de l'animal, la poitrine, les côtes, le dos, le cou, la queue, les reins, etc, et la distribution des différents morceaux aux prêtres auxquels ils étaient destinés. Le prêtre-boucher commence par décapiter la bête et répartir les morceaux de la carcasse - dont on ne semble pas avoir enlevé la peau, en tout cas, cette opération n'est pas décrite. Découpage et distribution de tous les morceaux se poursuivent selon un ordre rigoureusement codifié. (Babylonian Talmud, Tractate Tamid 31a Soncino 1961 Edition, pages 23-24 )sacrifice.jpg


De même est codifiée la manière de recevoir et de présenter la part qui est dévolue à chacun. Au moment de la distribution, tous les participants commencent par mettre en rang. Le premier prêtre se voit nanti de la tête, qu'il doit tenir de sa main droite, le museau tourné vers le bas, et de l'ensemble patte et cuisse arrière droite, qu'il doit tenir avec sa main gauche - évidemment, puisque c'est la seule disponible, mais c'est néanmoins précisé. (Babylonian Talmud, Tractate Tamid 31a, 31b Soncino 1961 Edition, page 24)

Le second prêtre se voit attribuer les deux membres avant jusqu'à l'épaule et doit tenir la patte droite dans sa main droite et la patte gauche dans sa main gauche.

Le troisième prêtre est l'heureux bénéficiaire de la queue et de la patte et cuisse arrière gauche et se doit de tenir la queue avec les doigts de sa main droite. Il se voit également attribuer un morceau de foie et les deux rognons. Il n'est pas dit comment il présente ces deux abats, les deux mains étant déjà occupées.

Au quatrième prêtre échoie la poitrine et le cou, la poitrine étant tenue dans sa main droite et le morceau de cou dans sa main gauche.

Le cinquième prêtre reçoit les deux flancs, celui de droite présenté dans sa main droite, et celui de gauche dans sa main gauche.

Pour le sixième prêtre il ne reste plus que les tripes - qu'il vient de laver - et il les présente sur un plateau .

Avec le septième prêtre on passe à la farine, le huitième n'a plus que des galettes et le neuvième du vin. (Babylonian Talmud, Tractate Tamid 31b Soncino 1961 Edition, page 25)

On voit que le sort établit une hiérarchie et que les parts sont loin d'être équivalentes.

Les mains de tous ces "prêtres" sont couvertes de sang. La nécessité de les laver - ou pas - dépend du moment où le sang a giclé sur lesdites mains, si c'est avant ou après le rite de l'aspersion. Les rabbins en discutent encore...Il n'existe pas d'accord sur ce point capital entre ceux de la Guemara - plutôt contre - et ceux de la Mishnah - plutôt pour. ( Babylonian Talmud, Tractate Middoth, Chapter III, Mishnah 2 Soncino 1961 Edition, page 12)

Dans le chapitre III de la Mishnah, une description d'un détail de la construction de l'édifice permet de se faire une idée de l'immense flot de sang que produisaient tous ces égorgements: "At the South-Western corner [of the foundation] there were two openings like two fine nostrils through which the blood which was poured on the western side of the foundation and the soutern side flowed down till the two streams became mingled in the channel, through which they made their way out to the brook of Kidron."

"Au coin sud-ouest [du bâtiment]deux ouvertures avaient été aménagées dans les fondations, semblables à deux jolies narines à travers lesquelles coulait le sang qui avait été répandu du côté ouest du sol et celui de la partie sud s'écoulait de telle sorte que les deux flots se mêlaient en une seule coulée qui traçait son chemin jusqu'au ruisseau appelé Kidron." (Babylonian Talmud, Tractate Middoth, Chapter III, Mishnah 2 Soncino 1961 Edition, page 12 )


Toute cette boucherie se déroulait dans un environnement d'un luxe inouï. Les huit tables de sacrifice étaient en marbre. Si elles n'étaient ni en argent, ni même en or, ce n'était pas par économie ou manque de financement, mais uniquement parce que le métal aurait "chauffé", donc gâté la qualité de la chair des bêtes. Les bouchers veillaient sur leur marchandise! La vaisselle et les bassines dans laquelle les intestins et l'estomac étaient vidés et lavés étaient également en or et en argent, de même que les plats sur lesquels étaient posés les pains de proposition, de même que les portes.

Le temple était le lieu de la richesse maximale et il ne devait s'y manifester aucun signe de pauvreté. (Babylonian Talmud, Tractate Tamid 31b Soncino 1961 Edition, page 26)

Il était inévitable que dans un tel environnement, un spirituel révolté qui vient crier: "Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic" ne pouvait que passer pour un agitateur écervelé et pour un destructeur irresponsable de l'ordre religieux et social établi - donc pour un "terroriste" - et, faute de cul de basse-fosse et de Guantanamo, à l'époque, afin de le faire disparaître du monde des vivants, il était inévitable qu'il soit exécuté. C'est bien pourquoi "les principaux sacrificateurs et les scribes, l'ayant entendu, cherchèrent les moyens de le faire périr".

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Date de dernière mise à jour : 30/01/2013

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×