Aimez vos ennemis

"Cette homélie provient du site: lhomeliedudimanche.fr"

Centrafrique : dans un pays en plein chaos, où la guerre civile dégénère en guerre de religion entre musulmans et chrétiens, ils sont quelques-uns à croire à la parole du Christ d'aujourd'hui : « vous avez appris qu'il a été dit : tu aimeras ton prochain. Eh bien moi, je vous dis : aimez vos ennemis ».

Protéger la famille de son ennemi

 

Boali le 19 janvier 2014.

Nous sommes au nord de Bangui, capitale de la Centrafrique. Le 17 janvier, des combats ont éclaté entre milices chrétiennes (anti-balaka) et musulmanes (Seleka) : six musulmans et chrétiens sont tués, des maisons sont incendiées, dévastées. Les familles musulmanes, craignant que ces représailles des anti-balaka sur les Seleka s'amplifient, s’enfuient affolées, sans savoir où aller. Face à l'urgence, l'abbé Xavier Fagba et son diacre Boris Wiligale ont alors ouvert les portes de leur paroisse (St Pierre) à des centaines de musulmans, dont de nombreux Peuls (éleveurs nomades), fuyant les violences.Armee tchadienne 2 0 1

Quelque 700 civils selon l'abbé, en majorité des femmes et des enfants, ont déjà passé deux nuits dans l'église au toit de tôle ondulée, gardée par quelque 70 hommes de l'opération militaire française Sangaris.

 

Lors de la messe ce dimanche 19 janvier, l'abbé Xavier invite les paroissiens à sortir de l'église au moment du geste de paix pour aller saluer les musulmans assis dehors. C'est la mise en pratique très concrète, simple et forte, du chapitre 5 de Matthieu d’où est tiré notre évangile de ce dimanche : « Quand donc tu présentes ton offrande à l'autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère; puis reviens, et alors présente ton offrande. Hâte-toi de t'accorder avec ton adversaire, tant que tu es encore avec lui sur le chemin… » (Mt 5, 23-25).

À la fin de la messe, le diacre Boris partage un repas avec des musulmans, et les encourage à tenir bon.

 Voilà une première traduction de l'amour des ennemis : protéger les familles menacées, de quelque bord qu'elles soient. Ne pas confondre légitime défense et anéantissement du clan de l'autre.

Pourquoi agir ainsi ? Pas seulement pour obéir au Christ ; ou plutôt en lui obéissant pour préparer l'après conflit, où il faudra bien se parler à nouveau. Pour sauvegarder la possibilité de manger ensemble, d'habiter ensemble après. Car si les familles des combattants ont été massacrées, humiliées, comment reconstruire un avenir commun ? Quand on sait ce que font les soldats aux femmes et aux enfants des camps adverses dans toutes les guerres, on mesure combien est révolutionnaire cette protection de la famille de ses ennemis.

La réconciliation après la guerre doit s'anticiper pendant la guerre, pour que l'avenir reste ouvert.D cote divoire retour dune vague de 120 ivoiriens fuyant la guerre en centrafrique 02adb

 

Apprendre la langue de son ennemi

 Lorsqu'il était en prison, Nelson Mandela a voulu apprendre l’afrikaner, la langue de ses ennemis blancs qui l’avaient emprisonné... Impressionnant ! C'est un peu comme vouloir apprendre l'allemand sous l'occupation nazie.

Pourquoi a-t-il voulu le faire ? Pour pouvoir leur parler au coeur. « Vous savez, quand vous parlez afrikaner, vous les touchez droit au coeur ».

C'est réellement impressionnant. Ce n'est pas par calcul pour mieux les affaiblir que Mandela veut apprendre la langue de ses geôliers, mais pour ouvrir avec eux un dialogue qui les touche au plus profond. C'est donc qu'il savait voir le coeur de ses ennemis au-delà de leur uniforme ou de leur position pro-apartheid. C'est donc qu'il traduisait l'amour des ennemis par ce désir de toucher l'autre au coeur.

 Sommes-nous prêts à apprendre la langue de nos adversaires ? C'est-à-dire à découvrir leur culture, leur vision du monde, leur génie propre ?

Sommes-nous prêts à parler à leur coeur au lieu de renverser la tyrannie par la force ? Osons-nous faire ce pari d’écouter ce qu'ils portent de plus profond en eux  (et qu'ils ignorent peut-être eux-mêmes) pour y faire appel ?

  

On peut encore décliner ce commandement si paradoxal du Christ en plusieurs attitudes à portée de main de chacun de nous.

 

Ne pas vouloir haïr.

Même si nous avons des reproches légitimes à faire, nous n'avons pas besoin de nous laisser gagner par le désir de vouloir du mal.

Le mal gagnerait deux fois : la première quand notre ennemi est submergé par la violence, la deuxième quand la violence nous dominerait à notre tour.

Ne pas vouloir haïr est le premier pas pour aimer son ennemi.

 

« Prier pour ceux qui nous persécutent » (cf. Lc 6,28)

C'est la version positive du refus de la haine : bénir ceux qui nous maudissent et nous diffament, vouloir du bien à ceux qui nous font du mal, intercéder auprès de Dieu pour qu'ils vivent. Nous ne savons pas ce qui est bon pour eux, et nous n'avons pas forcément à nous y impliquer ; mais nous pouvons confier à Dieu leur devenir et souhaiter le meilleur pour eux.

 À travers ces quelques attitudes, les chrétiens ne manifestent aucune complicité avec le mal. Ils le dénoncent avec vigueur, mais ne confondent jamais une personne avec les actes qu'elle commet. C'est le mal qu'il faut combattre, pas celui qui l'accomplit. Cette distinction est capitale. Sans elle, le Christ n'aurait jamais dit : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font » (Lc 23,33). Il savait discerner combien ses bourreaux étaient aveuglés sur la réalité de leurs actes. Sans les excuser, il manifestait qu'ils valent infiniment plus que les clous qu’ils enfoncent  dans sa chair et la dérision dont ils l'enveloppent.

 Regardez avec lucidité ceux qui sont vos adversaires : au travail, dans la famille, dans vos relations.

Demandez à Dieu dans la prière la grâce d'aimer vos ennemis, non pas d'une manière sentimentale en attendant que votre coeur batte pour eux, mais en vous engageant résolument dans la volonté de ne pas haïr, de prier pour eux, de protéger ceux qu'ils aiment, tout en dénonçant et combattant le mal commis, jusqu'à la grâce ultime du pardon...

Car il faudra une réconciliation nationale, et il faudra que chrétiens et musulmans réapprennent à vivre ensemble en Centrafrique.

 

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2014

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