Donne-moi la sagesse, assise auprès de toi

"Cette homélie provient du site: lhomeliedudimanche.fr"

Donne-moi la sagesse, assise auprès de toi

 

Homélie du 7° dimanche du temps ordinaire / Année A
16/02/2014

 

Connaissez-vous le jugement de Salomon ? (1R 3, 16-28)

 

 

On présente au roi Salomon un nouveau-né dont deux femmes se disputent la maternité, car elles ont accouché en même temps et l'un des deux bébés est mort-né. À l'époque, on ne mettait pas un bracelet aussitôt après l'accouchement aux nourrissons, et il n’y avait pas de test génétique pour dépister la vraie mère ! Que faire en un cas pareil ? La loi ne permet pas de décider, les prophètes non plus. Salomon, dans sa grande sagesse, a recours à un stratagème. Puisque la loi demande l'égalité, il demande d’amener l'enfant, de le couper en deux et de donner une moitié à chacune des deux femmes qui revendiquent d'être sa mère. Évidemment, sa vraie mère préfère renoncer à son droit pour que l'enfant vive, alors que l'autre se satisfera de ce compromis légal. Ce qui permet à Salomon de rendre justice en manifestant qui est vraiment la mère de cet enfant.

Voilà comment le roi Salomon est entré dans l'histoire comme la figure de la sagesse par excellence.

 Le Christ s'inscrit dans cette lignée, car « il y a en lui bien plus que Salomon » (Lc 11,31).

Qu'est-ce qui a permis en effet au Christ d'accomplir la Loi et les prophètes (selon l'évangile de ce dimanche Mt 5, 17-37) ? Et nous, qu'est-ce qui va nous permettre d'articuler le droit de la loi et la justice de prophètes dans notre société française ?

 Si on laisse le droit et la justice en face à face, les contradictions deviennent vite inextricables (summum ius, summa injuria disaient nos anciens). Car ce qui est juste est bien souvent contraire aux lois actuelles, et le droit oblige les prophètes à ne pas rêver d'un monde irréel (cf. « on n’est pas dans le monde des Bisounours ! »).

 Le Christ est venu « accomplir et non pas abolir » (Mt 5,17).

La Loi et les prophètes ne suffisent pas pour accomplir la Loi et les prophètes, pour lever les contradictions entre éthique de responsabilité et éthique de conviction. Il faut un troisième terme, qui permettra d'aller de l'un à l'autre. Appelez cela dialectique hégélienne ou structure trinitaire, peu importe : l'essentiel est de retrouver la sagesse comme le troisième terme, le chemin d'humanisation du droit autrement trop dur, le chemin d'incarnation du sens prophétique autrement trop virtuel.

 Quelle est donc cette sagesse ?

Les Grecs l'ont recherché pendant des siècles, et leur amour de la sagesse (philo-sophia) a forgé des fondements philosophiques puissants à la civilisation occidentale. Les juifs lui ont consacré plusieurs livres de la Bible (les Kettoubim = autres Écrits, dont notamment notre livre de Ben Sirac de ce dimanche), l'ont formalisée à travers le Talmud, cette Torah orale sans laquelle la Loi - la Torah écrite - est invivable.

 

 

Les chrétiens ont bénéficié de ce double héritage : ils ont baptisé la philosophie grecque et accompli la sagesse juive en Christ, suivant en cela la voie indiquée par Paul dans la deuxième lecture : « Dieu, par l'Esprit, a révélé cette sagesse. Car l'Esprit voit le fond de toutes choses » (1Co 2,10).

 C'est donc une vision spirituelle du monde qui nous permettra d'articuler la Loi et les prophètes. Sans l'Esprit, la lettre de la loi tue. Les intégrismes religieux de tous bords continuent hélas à en faire la démonstration : si les textes religieux sont pris au pied de la lettre, dans une lecture fondamentaliste qui exclut toute interprétation spirituelle, alors le Coran comme la Bible conduiront à des guerres sans fin, à des dominations injustes, à des régimes inhumains.

Sans l'Esprit, la justice des prophètes n'est qu'une incantation, une parole en l'air. Car l'Esprit est celui qui unit la parole et la chair : la sagesse spirituelle est l'art du discernement qui situe l'appel prophétique ici et maintenant, qui l’incarne selon ce qui est possible effectivement actuellement.

 

Voilà donc les trois piliers de l'art de vivre biblique : la loi, les prophètes, la sagesse.

Pas seulement l'un ou l'autre, ni même les deux. Il faut les trois pour vivre ensemble. Or parmi les trois, il semble bien que ce soit la sagesse qui soit devenue la grande inconnue pour nos contemporains. La faute peut-être à l'enseignement de la philosophie : peu d'élèves de Terminale ressortent du lycée avec une soif de chercher la sagesse… La faute également à la perte du sens proprement spirituel de l'existence : lorsque l'Europe vit de plus en plus comme si Dieu n'existait pas, la vie se réduit alors à un horizon matériel très limité. S'il n'y a que nos années sur terre comme seul horizon d'action, la poursuite de l'intérêt immédiat prend le dessus. Le droit se durcit en défense des égoïsmes, les appels des prophètes deviennent violemment révolutionnaires.

La sagesse est d'introduire une vision venue d'ailleurs dans notre réalité, pour la transformer à l'image de ce qu'elle est appelée à devenir. « Ce que personne n'avait vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, ce que le cœur de l'homme n'avait pas imaginé, ce qui avait été préparé pour ceux qui aiment Dieu » (1Co 2,6-10).

Concrètement, le Christ se révèle maître de sagesse en interprétant la loi juive de manière radicalement nouvelle en Mt 5.

« Tu ne tueras pas » ne se limite pas au meurtre physique, mais s’étend à la violence verbale ou mentale de l'insulte, de la malédiction, de la colère.

« Tu ne commettras pas d'adultère » va plus loin que la seule tromperie physique, car il y a tant de façons d'être infidèle à son conjoint (même le travail ou le football peuvent y contribuer...).

Impossible de se croire à l'abri parce que on respecte la lettre de la loi : l'esprit de la loi nous demande d'aller beaucoup plus loin. Impossible également de mépriser la loi au nom d'un amour prophétique : « pas un iota de la loi ne disparaîtra », avertit Jésus, et cela concerne donc l'interdit du meurtre ou de l'adultère qui reste fondateur.

 

Aspirer à la sagesse pour articuler la loi et les prophètes est donc la prière la plus importante de celui qui veut être responsable de son action.

C'est la prière du roi Salomon : « Donne-moi la sagesse assise près de toi » (Sg 9,4).  Il aurait pu demander la richesse ou la puissance, la gloire ou la santé, il a préféré demander la sagesse pour savoir comment gouverner son peuple. Et le célèbre épisode du jugement de Salomon où un enfant a failli être coupé en deux manifeste que cette sagesse accomplit la loi en lui évitant de devenir mécanique, automatique, impersonnelle. En même temps, cette sagesse oblige le sens prophétique à trouver les moyens de défendre les plus faibles, non pas de manière violente, mais avec habileté et intelligence.

 

Aspirez à la sagesse !

Celle de Salomon, de Ben Sirac, de Jésus, de Paul, qui accomplit sans abolir celle des Grecs, des philosophes des Lumières, des meilleurs de nos penseurs actuels.

Pour gouverner votre famille, votre métier, vos réseaux amicaux et associatifs, la loi et les prophètes ne suffisent pas : sans la sagesse qui vient de l'Esprit de Dieu, vous serez vite ballottés d'un extrême à un autre.

« Car l'Esprit voit le fond de toutes choses... ».

 

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Date de dernière mise à jour : 11/10/2014

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×