Sentinelles de l'invisible

Assomption : les sentinelles de l'invisible

 Homélie de l’ASSOMPTION / Année B

15/08/2014

 Sentinelles de l’invisible !

 

C’était le 15 Août 2004.

Un vieux pape fatigué, sentant la mort approcher, effectuait son dernier pèlerinage à Lourdes. Mais Jean-Paul II - saint Jean-Paul II ! - , malade, trouvait des mots pleins de vigueur pour fêter l’Assomption de Marie.

Devant la Grotte de Massabielle, il lançait cette invitation toujours actuelle : 

« Soyez des sentinelles de l’invisible ».

« De cette grotte, je vous lance un appel spécial à vous, les femmes.

En apparaissant dans la grotte, Marie a confié son message à une fille, comme pour souligner la mission particulière qui revient à la femme, à notre époque tentée par le matérialisme et par la sécularisation : être dans la société actuelle témoin des valeurs essentielles qui ne peuvent se percevoir qu’avec les yeux du cœur.

À vous, les femmes, il revient d’être sentinelles de l’Invisible ! »

 

Sentinelles de l’invisible !

Avons-nous pris le temps de réaliser ce que cette belle formule signifie ?  

 

Sentinelle : le mot évoque, quelqu’un qui veille sur les remparts, au nom de tous, pour les prévenir dès que quelque chose bouge. Quelqu’un qui a ce flair intérieur, cette sensibilité extrême pour détecter ce qui apparaît, pour « sentir » (sentinelle vient du latin sentire) ce qui se passe. Comme une vigie qui scrute l’horizon de la mer en haut du mât du bateau, dans la hune.

 

Et en plus : sentinelle de l’invisible, c'est-à-dire : veilleur de ce qu’on ne voit pas encore, détecteur de présence avant qu’elle ne soit manifestée, vigie entourée par un océan apparemment sans limite…

 

Marie a ainsi guetté l’invisible, tout au long de sa vie.

Marie, aujourd’hui élevée dans la gloire auprès de son Fils, est sans doute la plus belle sentinelle de l’invisible : tournons-nous vers elle pour commencer à le devenir nous-mêmes.

 

* Jeune fille juive, elle partageait intensément la folle espérance de son peuple en un Messie libérateur. Et l’Ange du Seigneur porta l’annonce à Marie, qui a su « sentir » sa présence.

 

* Mère de Jésus, elle a appris à voir en lui ce que les autres ne voyaient pas.

 

* À Cana, elle a cru en lui alors qu’il n’avait encore rien prouvé, rien manifesté. À Cana d’ailleurs, elle avait su voir l’invisible : ce vin qui allait manquer pour la noce.

 

* Sur les routes de Palestine, elle a accepté que son Fils la rabroue : « Qui est ma mère ? » et peu à peu, elle a deviné l’autre maternité, bien plus profonde encore que la seule maternité physique, à laquelle le Christ l’appelait.

 

* Lors de sa visite à Élisabeth, le bel évangile d’aujourd’hui, Marie a senti son enfant tressaillir en elle. Mieux qu’une échographie moderne, elle a su, comme Élisabeth, deviner la grandeur de celui qu’elle portait en elle. Cette échographie spirituelle est peut-être notre travail le plus urgent...

 

* Et au pied de la Croix, alors que tous – et notamment les hommes, aveuglés par l’échec – ne voyaient que désolation, Marie et quelques femmes étaient là, debout : stabat Mater dolorosa, mais debout dans la confiance malgré tout. Comme si elle contemplait l’invisible, l’invisible Résurrection, dont elle ne savait rien, sinon qu’elle l’espérait…

 

Les femmes d’aujourd’hui, à la suite de Marie et d’Élisabeth, continuent à être pour ce monde des sentinelles de l’invisible. Elles tricotent au fil des jours l’avenir de leurs enfants, parfois bien seules. Elles façonnent cette densité qui est le fruit de l’amour.

Dans la vie sociale également, bien des femmes nous aident à attendre, à discerner ce qui n’est pas encore visible.

 

- Souvenez-vous des mères de la place de Mai : depuis 1977, elles manifestent pacifiquement sur la place de Mai, à Buenos Airos, en Argentine. Elles demandent la vérité et la justice, pour les milliers d’enfants disparus pendant la dictature militaire (1976-1983).

 

 

 

- Voyez  les femmes libanaises, palestiniennes ou israéliennes, aujourd’hui. Elles guettent la paix, elles sentent qu’un jour la réconciliation sera possible.

 

Après tout, n’est-ce pas la vocation de toute l’Église d’être, à l’image de Marie, sentinelle de l’invisible ?

 

- Pour discerner ce qui apparaît au lieu de se lamenter sur ce qui disparaît.

- Pour encourager ce qui germe au lieu de piétiner ce qui se fane.

- Pour guetter ce qui portera des fruits de justice et de paix dans la vie sociale.

- Pour avoir le cœur battant à force de scruter l’horizon, et ne jamais se décourager d’espérer l’imprévisible.

 

Dans la vie de notre Église, nous avons également besoin de ces vigies d’espérance, pour éveiller les germes de renouveau dans les jeunes générations, dans nos assemblées du Dimanche, pour vivre notre pauvreté numérique actuelle dans la confiance et le retour à l’Évangile.

 

Dans nos familles, nous avons besoin de grands-parents qui témoignent patiemment de leur foi, en guettant sans faiblir ceux qui pourront prendre la relève dans les jeunes générations, même s’ils sont invisibles la plupart du temps.

 

Marie, toi qui aujourd’hui es pleinement associée à la gloire de ton Fils, cette gloire que tu as guettée avec amour sans la voir se manifester avant Pâques, apprends-nous à être, avec toi, des sentinelles de l’invisible, des veilleurs, des vigies infatigables.

 

 

 

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