La correction fraternelle

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La correction fraternelle

 Homélie du 23° Dimanche du temps ordinaire / Aeurnnée A

07/09/2014

 Non-assistance à personne en danger / délit de fuite / devoir d’ingérence…

Vous connaissez ces notions que l’actualité remet régulièrement à l’honneur, hélas…

Mais connaissez-vous la « correction fraternelle » dont parle le Christ dans l’Évangile de ce Dimanche ?

 

 Non-assistance à personne en danger / Délit de fuite

 On redécouvre cet impératif moral : ne pas laisser quelqu’un en danger sans réagir.

 L’actualité nous en a livré quelques exemples, hélas a contrario :

- Les chrétiens d’Irak sont menacés de mort par les djihadistes s’ils ne se convertissent pas à l’islam, et chassés de leur terre. Ne pas les soutenir, ne pas intervenir serait criminel. Les USA bombardent les bases de ‘l’État islamique en Irak et au Levant’ (EIIL). La France envoie une aide humanitaire, accueille des réfugiés chrétiens irakiens et arme les Kurdes contre les djihadistes. Décisons ajustées à l'urgence ? La non-assistance à personnes en danger serait de ne rien faire…

- Les sommets de la terre constatent régulièrement les dangers écologiques qui menacent la planète, et donc les générations futures : effet de serre, eau potable, développement non-durable… la non-assistance à planète en danger serait catastrophique pour l’avenir…

- Des faits divers mettent en scène régulièrement des agressions dans le métro ou le RER où personne ne réagit dans la rame, hélas.

-  Il nous est tous arrivé de reprendre notre voiture sur un parking, bien éraflée par un conducteur indélicat qui n’a même pas pris la peine de laisser une carte de visite… Le délit de fuite commence là !

 

Dans notre évangile, Jésus semble déjà poser les fondations du devoir d’assistance : lorsque ton frère est en danger – à cause du péché ici, et c’est vraiment dangereux de s’installer dans le péché – c’est ton devoir de lui porter secours en l’aidant à changer.

"Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute".

 Mais Jésus va encore plus loin…

 ●  Devoir d’ingérence

Vous vous souvenez : c’est Bernard Kouchner qui avait popularisé l’expression, au moment de la guerre des Balkans, pour justifier l’intervention européenne au Kosovo en 1999. On ne peut pas laisser chaque pays mener la politique qu’il veut sous prétexte qu’il est libre. Il y a parfois le devoir de s’ingérer dans les affaires d’autrui, au nom de notre humanité commune. Sinon, c’est le règne de l’individualisme où personne ne sait pas dans la même rue qui est son voisin et ce qu’il fait. Il y a des immeubles ou des rues dans lesquels on vit juxtaposés, sans se connaître les uns les autres, farouchement repliés sur la fameuse liberté des gens "qui font ce qu’ils veulent",  sous-entendu "je m’en fiche, et je ne veux pas me mêler des affaires des autres".

 

 

 

Pour Jésus, vivre ensemble, ce n’est pas vivre juxtaposés. C’est me sentir un peu responsable de ce que devient l’autre. Parfois cela va jusqu’au devoir d’ingérence [1]. Par exemple, si on se sentait un plus solidaire de ce que vivent les couples amis autour de nous, on pourrait parfois intervenir avant qu’ils se séparent, car cela se voit quand un couple va mal…

 

         Mais Jésus va encore plus loin…

 

 ●  Correction fraternelle

C’est l’expression consacrée pour parler de la démarche que propose Jésus.

Démarche réaliste, qui constate que le péché existe bien dans nos assemblés et communautés d’Église : " Si ton frère a commis un péché…"  Jésus est réaliste : il sait bien que les chrétiens ne seront pas forcément meilleurs que les autres. Il ne rêve pas d’une Église de purs, de parfaits. Mais il va essayer de donner une procédure pour essayer de résoudre les difficultés qui naissent tôt ou tard dans une paroisse, un groupe d’Église, dans une famille ou dans la vie sociale.

Cette procédure, c’est la correction "fraternelle". En quoi consiste-elle ?

 

- D’abord à voir l’autre comme un frère/une sœur.

Même s’il ou elle a commis un péché grave, c’est d’abord un enfant de Dieu « pour lequel le Christ est mort » comme dit St Paul (1Co 8,11). Quoi qu’il ait fait, même le pire, il reste mon frère / ma sœur en humanité. De plus, continuer à l’appeler frère m’oblige à me souvenir que moi aussi je suis pécheur : ce n’est donc pas pour "lui faire la leçon" puisque "je serais meilleur" qu’il faut lui parler, c’est pour ne pas le laisser en danger – spirituel et humain – sans réagir. C’est donc dans un climat d’amour, et non de jugement, qu’il nous est demandé d’intervenir.

 

- Tout l’Évangile nous parle justement de tendre une perche aux "pécheurs" et non de leur mettre la tête sous l’eau. Juste avant le passage d’aujourd’hui, c’était la parabole de la brebis perdue : "gardez-vous de mépriser quiconque… soyez comme le berger qui court à la recherche de la brebis perdue… Votre Père ne veut qu’aucun ne se perde…" (Mt 18, 10-14) Et juste après, Jésus va demander à Pierre de « pardonner 70 fois 7 fois » (Mt 18, 21-22) avant de déplorer l’attitude du serviteur impitoyable et sans cœur qui ne veut pas remettre une dette à un compagnon (Mt 18, 23-25).

 

Ainsi, c’est dans un climat d’amour qu’il nous est demandé d’intervenir. On n’a le droit de faire une remarque à quelqu’un que si on voit en lui un frère à aimer ! Mais comme il n’y a pas d’amour sans vérité, il faut faire la vérité sur les comportements et les paroles qui blessent.

 

- Pour cela, Jésus établit avec tact une progression.

canards.jpg+  Seul à seul d’abord : avec discrétion, pour que le coupable puisse garder sa réputation et son honneur en changeant rapidement.

+  À deux ou à trois ensuite : pour éviter les jugements trop subjectifs, où l’on aurait pu se tromper d’appréciation ; et aussi pour trouver à plusieurs des arguments qui pourraient convaincre davantage. Cela permet aussi d’éviter la précipitation et l’arbitraire.

+  Et enfin devant toute l’Église : par exemple, St Jean Chrysostome refuse la communion à l’empereur qui revient des jeux du cirque. Il a du sang sur les mains : c’est un devoir d’amour que de l’exclure de la communion (ou plutôt de lui révéler qu’il s’est lui-même exclu de la communion) pour qu’il change de vie. "S’il refuse, considère-le comme un païen et un publicain" : c’est-à-dire considère-le comme quelqu’un à évangéliser de nouveau, quelqu’un qui s’est placé de lui-même en dehors de l’Église, et qui a besoin de se convertir à nouveau.

 

Par trois fois ce frère a repoussé la main qu’on lui tendait, et a persisté dans son péché. Après lui avoir donné toutes ses chances, pratiquement, la communauté se reconnaît impuissante vis-à-vis de ce frère. Du moins jusqu’à ce qu’il retrouve le désir de changer de vie.

 

Quel péché public peut justifier d’aller jusque là ? J’ai déjà cité St Jean Chrysostome et l’empereur revenant des jeux du cirque. On pourrait penser à ceux qui en Italie ou chez nous sont dans la Mafia et font pourtant semblant de prier à l’église. On pourrait penser aux extrémistes catholiques qui prêchent la haine sous alibi de défense de la chrétienté. Le tout est d’éviter la non-assistance à personne en danger, et le délit de fuite, d’appliquer avec discernement le devoir d’ingérence, et de pratiquer plus tard la correction fraternelle.

 

Les moines pratiquent depuis longtemps cette hygiène relationnelle. À la réunion du chapitre, chacun peut battre sa coulpe, ou le Père Abbé peut reprocher à chacun ce qu’il pense légitimement devoir lui dire afin de l’aider à vivre en communion avec les autres.

 

"Quand on peut amender quelqu'un et qu'on néglige de le faire, on se rend complice de sa faute" (saint Grégoire le Grand, « Moralia in Job », X 7). 

 

Entraînez-vous à pratiquer la correction fraternelle (donnée et reçue) en famille, au travail, entre amis… : c’est exigeant, mais l’amour véritable est à ce prix.

 


[1]. « La notion d’ingérence humanitaire est ancienne. Elle reprend et élargit la notion d’intervention d’humanité qui au XIXème siècle autorisait déjà une grande puissance à agir dans le but de protéger ses ressortissants ou des minorités (religieuses par exemple) qui seraient menacées. Dans De Jure Belli ac Pacis (1625), déjà, Hugo Grotius avait évoqué un “droit accordé à la société humaine” pour intervenir dans le cas où un tyran “ferait subir à ses sujets un traitement que nul n’est autorisé à faire”.  

L’idée d’ingérence humanitaire a été ranimée au cours de la guerre du Biafra (1967-1970) pour dénoncer l’immobilité des chefs d’États et de gouvernement face à la terrible famine que le conflit avait déclenchée, au nom de la non-ingérence. C’est sur cette idée que se sont créées plusieurs ONG, dont Médecins sans frontières, qui défendent l’idée qu’une violation massive des droits de la personne doit conduire à la remise en cause de la souveraineté des États et permettre l’intervention d’acteurs extérieurs, humanitaires notamment.  

La théorisation du concept date des années 1980. Le philosophe Jean-François Revel fut le premier à évoquer le « devoir d’ingérence » en 1979 dans un article du magazine français l’Express en 1979 consacré aux dictatures centrafricaine de Jean-Bedel Bokassa et ougandaise d’Idi Amin Dada. Le terme fut repris par le philosophe Bernard-Henri Lévy l’année suivante à propos du Cambodge et reformulé en « droit d’ingérence » en 1988, au cours d’une conférence organisée par Mario Bettati, professeur de droit international public et Bernard Kouchner, ancien représentant spécial des Nations Unies au Kosovo et l’un des fondateurs de Médecins sans frontières. Bernard Kouchner en a été le principal promoteur depuis et Mario Bettati a participé à la diffusion de ce concept dans les cercles onusiens notamment. »

Source : http://www.operationspaix.net/41-resources/details-lexique/devoir-et-droit-d-ingerence.html

 

 

 

 
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Date de dernière mise à jour : 11/10/2014

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