La grâce de l'hospitalité

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La grâce de l’hospitalité

 

Homélie du 3ème Dimanche de Pâques – Année A
04/05/2014

 

 

Frère Henry Quinson est un moine d’un type nouveau : habitant à 4 dans un HLM des quartiers nord de Marseille, il vit au contact des musulmans et des comoriens, majoritaires dans cette cité Saint Paul. Il raconte qu’après le tremblement de terre en Algérie, l’un des frères vivant dans la banlieue d’Alger (Boudouaou) a vu sa maison s’écrouler, en ruines. Aussitôt et pendant toute une année, ses voisins, musulmans, l’ont hébergé, logé, nourri. L’hospitalité n’est pas un mot vide en Algérie comme d’ailleurs en Afrique ou même chez nous.

Évidement chez nous, depuis qu’il y a des codes pour entrer dans les immeubles, des grilles fermées, et des voisins qui se méfient les uns des autres c’est plus difficile ! C’est moins naturel d’ouvrir sa porte, d’inviter à sa table des inconnus, d’offrir un toit à des gens de passage. Pourtant cela se pratique encore : pensez aux échanges scolaires, aux jumelages… et Frère Henry Quinson raconte tous ces liens d’hospitalité qui se vivent dans sa cité HLM : échanges de gâteaux, de chorbas, de couscous, visites et entraides…

 

Pourrions-nous oublier que l’hospitalité est une attitude du cœur typiquement biblique ? (depuis la fameuse 'philoxénie' d'Abraham = son amour des étrangers, comme en témoigne l'accueil des 3 visiteurs de Gn 18; et d'ailleurs 'philoxénie' est le contraire de 'xénophobie'...)

 

 

Avons-nous bien entendu que c’est grâce à l’hospitalité, pressante nous dit le texte, que les disciples d’Emmaüs ont pu reconnaître et accueillir le Ressuscité ?

Saint Grégoire le Grand (Pape de 590 à 604) commente :

« Ils l’invitèrent à partager leur gîte, comme on le fait avec un voyageur. Dirons-nous simplement qu’ils l’invitèrent ? L’Écriture, précise qu’ils le pressèrent. Elle nous montre par cet exemple que lorsque nous invitons des étrangers sous notre toit, notre invitation doit être pressante ».

 

Et Grégoire insiste sur la fécondité de l’hospitalité, cette ouverture de la maison familiale à l’image de l’ouverture du cœur :

« Le Seigneur n’a pas été reconnu (par les deux disciples d’Emmaüs) pendant qu’il parlait ; il a daigné se manifester lorsqu’on lui offrit à manger. Aimons donc l’hospitalité, frères très chers. C’est d’elle que Paul nous parle : ‘N’oubliez pas l’hospitalité, c’est grâce à elle que quelques uns, à leur insu,  hébergèrent des anges’ (He 13,2). Pierre dit aussi : ‘Pratiquez l’hospitalité les uns envers les autres sans murmurer’ (1P 4,9). Et la vérité elle-même (le Christ) nous en parle : ‘J’étais un étranger et vous m’avez accueilli ? (Mt 25,35)’.

Et malgré cela, nous sommes si paresseux devant la grâce de l’hospitalité ! »s’étonnait Grégoire le Grand hier comme il pourrait le faire aujourd’hui.

« Mesurons, mes frères, la grandeur de cette vertu. Recevez le Christ présent dans l’étranger, afin qu’au jugement il ne nous ignore pas comme des étrangers, mais nous reçoive comme des frères dans son royaume ».

 

Il fallait citer longuement Grégoire le Grand pour redécouvrir le lien entre les disciples d’Emmaüs et l’hospitalité dans nos maisons aujourd’hui.

 

Où en sommes-nous de cet accueil gratuit chez nous ?

À qui ouvrons-nous notre table ? Qui invitons-nous à dormir, à loger sous notre toit ?  

 

Celui qui élargit ainsi l’espace de sa maison élargit en même temps ses horizons, sa soif de l’autre, son désir de la rencontre imprévue.

L’évangile de ce Dimanche nous dit même que c’est le Ressuscité en personne qui peut alors se manifester, être accueilli, lorsque nous pratiquons l’hospitalité.

Voilà une belle résolution pour le temps pascal, en famille ou tout seul : quel hôte de passage puis-je nourrir, accueillir, inviter chez moi ? Les amis des enfants ? Un enfant du Secours Catholique qui cherche une famille d’accueil pour les vacances d’été ? Une personne âgée seule chez elle ? Un touriste de passage ?... Un voisin encore inconnu ?

Comment pratiquer plus généreusement l’hospitalité ?

Vos enfants vous remercieront plus tard d’avoir eu une maison ouverte sur les autres…

 

Et surtout, vous pouvez peut-être « héberger des anges » sans le savoir, comme le dit justement saint Paul.

Vous pourrez même ouvrir les yeux sur la présence du Ressuscité, grâce à l’hospitalité, celle des disciples d’Emmaüs.


Saint Augustin ('maghrebin' des années 354-430) osait écrire à propos de cet évangile :

« Retiens l’étranger si tu veux connaître ton Sauveur ».

C’est bien parce que les disciples ont retenu à manger cet étranger de passage qu’ils ont reconnu le vivant.

« L’hospitalité leur a rendu ce que le doute leur avait pris ».

 

« Pratiquez donc l’hospitalité, sans murmurer » (St Pierre), comme à Emmaüs.

Ceux que vous accueillerez à votre table vous accueilleront auprès de Dieu.

Ceux que vous aurez logés vous introduiront dans la demeure de Dieu.

 

Et déjà, vous verrez votre regard, votre coeur se dilater jusqu’à des horizons insoupçonnés...

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2014

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