La paix des braves

"Cette homélie provient du site: lhomeliedudimanche.fr"

La trève des braves

 

Homélie de la nuit de Noël 2013

 

" Joyeux Noël ! "

C’est ce que nous allons nous souhaiter, ce soir et demain.

" Joyeux Noël ! "

C’est également le souhait, prononcé dans un français hésitant, que des soldats allemands ont adressé à des soldats français au milieu du no man’s land entre les tranchées de la guerre de 14-18, quelque part sur le font dans le Nord… Fait authentique qui a suscité la fureur des gradés, voulant poursuivre la boucherie...


Si vous avez vu le film 
 tiré de ce fait de guerre, sorti au cinéma il y a quelques années (2005), vous vous souvenez sans doute de cette scène de la fraternisation entre allemands, écossais et français, la nuit d’un Noël de guerre, au milieu de la boucherie des tranchées.

Car l’impensable peut se produire même là, même dans la boue, dans la haine de l’ennemi apprise dès les bancs de l’école. Il aura suffit d’un « Stille Nacht, heilige Nacht » entendu dans la tranchée d’en face, pour que les cornemuses britanniques répondent avec l’ « Amazing Grace », et les français rejoignant avec l’accordéon le chœur improvisé des chants de Noël en pleine guerre mondiale…

On va poser le fusil un instant pour aller, une bougie à la main, saluer celui d’en face, lui serrer la main, échanger avec lui cigarettes et chocolat… Et lui souhaiter « Joyeux Noël » !

Les fraternisations durant 14-18 : la trêve de Noël 1914

Les fraternisations durant 14-18 : la trêve de Noël 1914

On voit alors les hommes se rassembler pour une messe de minuit assez surréaliste, en plein champ de bataille, où les adversaires prient ensemble, où les gradés chantent avec les gars de la troupe, où ceux qui fraternisent sont tout surpris de voir la même humanité sous des uniformes opposés…


Le prêtre anglican qui célèbre la messe de Noël au milieu de cette assemblée étonnante constate avec émotion : « Ce soir, des hommes ont envie de  se rassembler autour d’un simple calvaire, comme on se réchauffe autour d’un feu en hiver ! Même ceux qui n’y croient pas sont venus se réchauffer en écoutant la Parole de Dieu pour oublier la guerre ».

Des soldats musiciens en 1915.

Voila la puissance de Noël : faire que « des ennemis enfin se parlent, des adversaires se tendent la main, des peuples qui s’opposaient acceptent de faire ensemble une partie du chemin » (Préface de la Prière eucharistique pour la Réconciliation n°2).


Dans nos familles, nous avons besoin de cette « trêve de Noël » : autour de la table ce soir, ou au téléphone avec ceux qui sont loin, déposons les armes s’il y a des conflits, faisons la paix s’il y a des motifs de querelles ; retrouvons nos frères, nos sœurs, nos enfants, nos proches sans arrière-pensée, avec le seul désir d’être en paix, avec le seul drapeau du pardon, avec pour seule tranchée la conviction de partager un destin commun.
Car dans nos familles aussi il y a des guerres inhumaines, alors que nous sommes capables de tant de fraternité lorsque chacun s’y met !


Cet enfant, vulnérable et désarmé, sur la paille de la mangeoire, vient nous rendre nous-mêmes vulnérables et désarmés.

Vulnérables à la tendresse de nos proches, aux gestes et aux paroles d’affection qui ce soir nous toucheront vraiment.

Désarmés, c’est-à-dire : renonçant à la violence, renonçant à la maîtrise de l’autre, à la mainmise sur l’autre, qu’il ait 12 ans ou 80 ans, qu’il soit le conjoint ou le frère…

 


Ce soir, laissons la grâce de Noël nous changer, nous transformer, faire fondre nos cœurs, à l’image des poilus de 14 qui écrivaient : « On en peut pas se tuer une nuit de Noël… » (Julien Arène, les carnets d’un soldat, Paris, 1917)


Et demain, revenus dans nos entreprises, notre milieu professionnel, amical, dans notre quartier, nous pourrons laisser la joie de Noël continuer à faire son chemin en nous : pourquoi ne pas voir en chacun ce compagnon d’humanité pour lequel le Christ est venu sur terre ?

Il est toujours possible de fraterniser, même quand on ne partage pas les mêmes idées, les mêmes coutumes, la même religion…


Que l’enfant de la crèche nous aide à ne jamais désespérer de cette capacité de fraternisation que chacun de nous porte en lui…


Frohe Weihnachten !

Merry Christmas !

 

Joyeux Noël!...

 

Ajouter un commentaire
 

Date de dernière mise à jour : 11/10/2014

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site