Libres ricochets

http://lhomeliedudimanche.unblog.fr/

Libres ricochets…

 

Homélie du 2° Dimanche Année du temps ordinaire / Année B 
18/01/2015

 

cf. également :  Quel Éli élirez-vous ?

 

·         Avez-vous déjà médité sur ce jeu que les enfants adorent au bord d’un lac : les ricochets… ?

Vous choisissez un caillou bien plat. Normalement, il doit couler. Normalement, il ne peut pas traverser le lac. Mais si vous lui imprimez une vitesse de rotation assez grande, grâce à un coup de poignet astucieux – auquel enfant je m’exerçais pendant des heures ! – et si vous le propulsez au ras de l’eau avec une trajectoire tangentielle et une force bien choisies, alors vous avez la surprise de voir ce caillou voler… rebondir… et de ricochet en ricochet accomplir l’impensable : traverser l’eau, aller d’une rive à l’autre…

 

Libres ricochets… dans Communauté spirituelle ricochet

 

·         C’est un peu ce qui se passe dans l’évangile d’aujourd’hui (Jn 1, 35-42) : l’appel à suivre le Christ ricoche des uns aux autres, les entraînant là où ils n’auraient jamais pensé pouvoir aller. Jean-Baptiste « lance » ses deux disciples à la suite de Jésus (et Dieu sait si pour un prophète comme Jean- Baptiste c’était dur à l’époque de « donner » ses disciples à un autre maître). L’un de ces deux, André, va chercher son frère Simon, et le propulse ainsi dans l’aventure où il deviendra Pierre (c’est-à-dire l’aventure de l’Église). Juste après, Philippe va chercher Nathanaël…

102aweb appel dans Communauté spirituelleIl en est souvent ainsi dans l’évangile de Jean : c’est par ricochets que l’appel se transmet d’une personne à une autre, constituant l’Église, de proche en proche. Et cet appel donnera à ces hommes et à ces femmes de traverser toutes les épreuves, de traverser la mort même, comme le caillou tout surpris de voler de rebond en rebond vers l’autre rive…

 

·         Si nous pratiquions cet appel « par ricochets », n’aurions-nous pas plus de chrétiens motivés ? plus de prêtres, de religieuses ? Demandez aux prêtres et religieuses que vous connaissez : c’est souvent grâce à telle rencontre, telle discussion, telle retraite avec d’autres, que le Christ leur a dit : « viens ». C’est rarement en direct !

Comme l’appel de Samuel (1° lecture), il y a toujours un Élie, un visage ami qui révèle ce que je porte en moi confusément et que je n’arrive pas à entendre du premier coup.

De ricochet en ricochet, Dieu fait feu de tout bois pour, patiemment, m’appeler à le rejoindre…

 

·   Mais si cet appel est une invitation très ferme : « viens », il est en même temps infiniment respectueux de la liberté : « viens et vois ». Plus encore : il suscite la liberté, il l’informe (au double sens de lui donner des informations pour décider oui  ou non, et de lui donner une formation pour l’éduquer à répondre).

.  La « Lettre aux catholiques de France » (1996) sur la « proposition de la foi » décrivait ainsi cette transformation de la pastorale de l’Eglise :

Dans la mise en œuvre de la mission de l’Église selon ses modalités les plus habituelles, notamment dans la vie des paroisses et dans la pastorale des sacrements, une transformation du même ordre est en train de se produire. Des institutions ecclésiales « classiques », qui semblaient ne rien réclamer d’autre que la conformité à des procédures bien rodées, réclament aujourd’hui, sous peine de dépérir, d’être incessamment améliorées, vérifiées, relancées. Ce qu’il suffisait naguère d’entretenir doit être aujourd’hui voulu et soutenu. Toutes sortes de démarches qu’une population majoritairement catholique nous demandait, en se coulant dans des automatismes communément admis, doivent être désormais proposées comme l’objet d’un choix.

De sorte que la pastorale dite « ordinaire », souvent vécue comme une pastorale de l’accueil, doit de plus en plus devenir aussi une pastorale de la proposition. Cette évolution a quelque chose d’onéreux. Certains la vivent comme une véritable épreuve. Mais de plus en plus nombreux sont les prêtres et les laïcs qui disent s’en trouver mûris et renouvelés dans leur foi. Un nombre croissant de pasteurs et, plus largement, d’acteurs de la pastorale comprennent qu’il y a là une exigence de la mission. Ils se découvrent du même coup appelés à aller davantage au cœur même de la foi. (n° 2)

.    Proposer la foi n’est pas l’imposer.

Nous ne sommes pas des témoins de Jéhovah ou des sectes cherchant à manipuler l’adhésion de leurs membres. Plusieurs fois le Christ a pris le risque de la libre réponse de ses amis : « voulez-vous partir vous aussi ? » demande-t-il aux 12 lorsque la foule le quitte, déçue par ses paroles trop fortes sur l’eucharistie. Sans cesse il appelle :« si tu veux… ». Le jeune homme riche d’ailleurs s’en va, librement (même s’il en est tout triste).

Autrement dit, le fait d’appeler quelqu’un suscite et fait grandir sa liberté.

C’est le débat – quelque fois difficile – que nous avons souvent avec des parents qui demandent le baptême de leur enfant.

« Voudrez-vous lui parler du Christ et de l’Évangile, l’inscrire au caté en CE2 pour qu’il puisse découvrir ce qu’il y a dans son baptême ? »

« Mais nous on ne veut rien lui imposer, il choisira plus tard… »

« Comment voulez-vous qu’il choisisse si vous ne l’appelez pas à choisir ? comment choisir de faire du rugby si jamais les parents ne l’inscrivent au club ? idem pour la danse, la musique, le tennis… Allez-vous violer sa liberté quand vous lui imposerez l’école obligatoire ? quand vous lui apprendrez à être propre ? à respecter les règles de politesse et de vie en commun ?… »

 

·         C’est une fausse conception de la liberté de croire qu’on pourrait choisir dans le vide. Ne rien proposer, c’est enfermer l’autre dans l’impuissance, dans le non-choix. Appeler quelqu’un librement, c’est lui donner les moyens de dire oui ou non, et respecter sa réponse.

 

appeler-au-mariage-de-dinechin-olivier-de-885878209_ML Jean BaptisteC’est ce que nous essayons de faire au caté lorsque nous demandons aux enfants d’écrire une lettre, très personnelle, au moment où ils sont appelés à faire leur 1° communion. Ce n’est pas automatique de faire sa 1° communion : c’est la réponse à un appel, qui fonde et garantit leur liberté. S’ils ne le veulent pas cette année, alors ce sera peut-être l’année prochaine, ou dans 15 ans… Dieu est patient ! Il est également tenace, voire têtu, et ne renonce pas facilement à appeler chacun à vivre davantage…

 

* C’est ce que nous essayons de faire avec les futurs mariés : il n’est pas rare que, grâce à la préparation sérieuse qui s’étale sur plusieurs mois (1 an en pratique), ils réfléchissent et découvrent d’eux-mêmes qu’ils ne sont pas prêts ou pas volontaires pour le sacrement de mariage. Librement, ils peuvent alors dire oui ou non à l’appel que leur lance l’Église pour être dans le mariage sacrements de l’amour de Dieu, avec tout ce que cela comporte.

 

·         Vous voyez : lancer des ricochets au bord de l’eau peut nous entraîner très très loin ! De visage en visage, d’appels en rencontres, de discussions en événements intérieurs, nous nous surprendrons nous-mêmes à voler de rive en rive.

Caillou lancé avec force et agilité, tournoyant sans cesse sur lui-même, chacun pourra non seulement ne pas se laisser engloutir par les flots à traverser, mais aller de l’avant, vers son avenir, vers lui-même, au-delà…

 

·         Que ces libres ricochets continuent de nourrir la pratique de l’appel en Église : appel pour devenir catéchiste, pour fleurir l’église, pour accompagner les familles en deuil etc… Si nous transmettons à d’autres cette invitation, c’est pour que nos paroisses, nos communautés  soient de plus en plus invitantes, à l’école même du Christ : « venez, et vous verrez »

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×