Maison de prière our tous les peuples

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Maison de prière pour tous les peuples

17/08/2011Homélie du 20° Dimanche du temps ordinaire / Année A

  Quelle place donner aux étrangers dans la vie sociale, culturelle, religieuse d'un pays ?

Faut-il leur accorder le droit de vote ? À quelles élections ? Quelle place peuvent-ils prendre dans les associations, dans les Églises ? Faut-il une politique d'intégration, d'assimilation, ou bien un multiculturalisme intelligent ?

Ces questions sont de toujours à toujours, et nos politiques ne sont ni les premiers ni les derniers à instrumentaliser ou au contraire à fuir ces réels enjeux du vivre ensemble. 

 Isaïe transmet une prise de position courageuse, sans doute à contre-courant de l'opinion majoritaire des coreligionnaires juifs de son époque. « Je ferai bon accueil aux étrangers qui se sont attachés au service de mon Nom. Je les rendrai heureux dans ma maison de prière » (Is 56).

Bien sûr la condition exprimée semble restrictive (« s'attacher au service du Nom » = se détacher du polythéisme et devenir un craignant-Dieu). Mais pour l'époque c'est déjà révolutionnaire d'universaliser ainsi le salut et le bonheur offerts dans le Temple de Jérusalem. La conclusion est encore plus stupéfiante : « ma maison s'appellera : maison de prière pour tous les peuples » (Is 56,7). Salomon ira encore plus loin en demandant à Dieu d'exaucer les prières des étrangers qui viendront prier ici (1R 8)...

Que quelques tribus d'ex-nomades, d’ex-esclaves aient prétendu détenir la vérité sur le seul vrai Dieu est déjà un tournant unique de l'histoire humaine. Qu'ils aient élargi leur position religieuse jusqu'à en conclure logiquement que ce dieu - puisqu'il est unique - est aussi le dieu des païens, des étrangers, de l'univers tout entier, est un autre tournant tout aussi important.

 

 

 

Les prophètes ne font pas de Jérusalem une capitale ethnocentrée. Elle est « maison de prière pour tous les peuples ». Le Vatican, en demandant un statut international pour la ville de Jérusalem, serait paradoxalement plus juif que les politiques juifs, dans la ligne prophétique d’Isaïe !

 

 

Paul : le souci des locaux

 

Paul réfléchit lui aussi à ce mystère d'Israël au milieu des nations (Rm 11). Le scandale de la croix du Christ a opéré un chassé-croisé surprenant. Ceux qui étaient loin (les étrangers) sont désormais devenus proches, et les enfants de famille (les juifs) semblent être devenus des ennemis irréductibles, alors que Jésus est l'un d'entre eux, ainsi que Paul et tous les premiers chrétiens.

L'apôtre des païens n’oubliera jamais la vocation singulière du peuple de l'Alliance. Tout en parcourant la Méditerranée, jusqu'à faire arriver le premier l’Évangile en Europe, Paul n'aura de cesse de rappeler que les fils de famille ne doivent pas être délaissés ni méprisés sous prétexte d'ouverture aux païens.

Si nous avions gardé cette tension féconde, nous n’aurions jamais regardés les juifs comme les nouveaux étrangers du christianisme. Nous aurions empêché les pogroms, les conversions forcées, peut-être même la Shoah...

 

 

Jésus : l'étranger est surprise

 Jésus est juif jusqu'au bout des ongles. Alors qu'il fait un peu de camping touristique, ou du moins alors qu'il prend du repos le long de la côte libanaise (Tyr et Sidon), il semble camper dans un complexe de supériorité si courant chez les rabbins juifs. « Je n’ai été envoyé qu'aux brebis perdues d'Israël » (Mt 15,21-28). Autrement dit : les étrangers, ce n'est pas mon problème. Isaïe a dû se retourner dans sa tombe ! Heureusement, la ténacité de cette libanaise qui lui réclame des miettes va ébranler l'autosuffisance juive qui n'a pas épargné même Jésus : « les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leur maître ». Là, Jésus stupéfait est obligé de reconnaître que cette femme a raison : les étrangers sont bien invités au festin, et pas que pour des miettes ! C'est sans doute un déclic dans la conscience de Jésus.

 

À partir de la rencontre de cette étrangère, il défendra jusqu'au bout l'universalité de sa mission. Il annoncera de salut pour tous. L’écriteau INRI, rédigé en latin, grec et araméen témoignera de son désir de « rassembler dans l'unité des enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52), étrangers et juifs enfin réunis.

 

Peut-on conclure quelque chose de ce bref parcours sur la place des étrangers dans la vie d’Israël et de l'Église ?

Pas un programme politique détaillé. 

Pas un catalogue de mesures répressives ou libérales.

Plutôt un état d'esprit, qui aura des conséquences énormes à la longue.

 

 

 

Avec Isaïe nous continuons de proclamer que tous les étrangers ont leur place dans la maison de prière qu’est l'Église, pour tous les peuples.

Avec Paul, nous rappelons en même temps il ne faut pas oublier les fils de la maison, ceux qui accueillent, et qui ont besoin de ne pas devenir symétriquement les étrangers des autres.

Avec Jésus, nous voulons nous laisser surprendre dans la rencontre de l'étranger, qui a tant de choses à nous apprendre sur Dieu.

 

Ce n'est qu'un socle sur lequel bâtir une vraie politique d'accueil des étrangers. Il faudrait d'ailleurs relire tous les textes bibliques accordant aux étrangers un statut d'égalité avec les juifs dans le Royaume d'Israël (ex: "la loi sera la même pour le citoyen et pour l'étranger en résidence parmi vous" Ex 12,49 etc.)

 

Mais ce socle pourrait déjà changer bien des choses dans nos têtes, dans nos cœurs, dans notre porte-monnaie.

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Date de dernière mise à jour : 11/10/2014

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