Simul justus et precator.

"Cette homélie provient du site: lhomeliedudimanche.fr"

Simul justus et peccator :de l'intérêt d'être pécheur et de le savoir

Le qualificatif de religieux peut couvrir des réalités bien différentes, contradictoires même.
Il y a l’homme qui se dit religieux parce qu’il a adopté un système de règles et de rites se réclamant de Dieu. Mais parce qu’il utilise ce système pour se donner bonne conscience, il vit dans une relation à Dieu faussée à la base. Sa relation aux autres s’en trouve également pervertie.

L’homme visiblement religieux, au sens chrétien du terme, est celui qui a fait l’expérience de son néant, et qui a découvert la gratuité de l’amour divin. Pour lui, règles et rites ne sont que des moyens d’expression  de son action de grâce envers Dieu qui le fait vivre, en le libérant de son péché. Sa foi n’a plus rien à voir avec un système rigide et exclusif des autres.

Le premier se constitue juste, mais s’enferme en réalité dans sa suffisance et perpétue par là le mal fondamental. Le second se situe justement devant Dieu et se tyrouve par là justifié.

Accepterons nous d’être religieux, au “second sens du terme ?”

 Homélie du 30° dimanche du temps ordinaire / Année C

27/10/2013

 Irréprochable ?

« Moi ? Je n'ai rien à me reprocher. »

Cet argument, vous l'entendez sûrement mille fois lorsque les gens se mettent à taper sur « les autres ».

On peut ainsi justifier beaucoup de choses :

- allez à l'église le dimanche ne sert à rien puisque vous voyez bien que ceux qui y vont ne sont pas meilleurs.

- allez recevoir le pardon dans le sacrement de réconciliation est hors jeu, puisque grosso modo je n'ais rien à me faire pardonner.

- critiquer et les politiques et les acteurs sociaux devient facile, car eux ils ont plein d'affaires où ils ne sont pas irréprochables.

- tomber à bras raccourcis sur les braqueurs, les Roms, les délinquants en tout genre devient une évidence, car je ne fait pas partie de « ces gens-là », Monsieur *

 Bref : si je n'ai rien à me reprocher, je suis prêt à faire le procès de tous ceux qui visiblement ont franchi une ligne jaune dans leur vie.

 Pas d’auto-rédemption

Le malentendu vient peut-être de cette forme auto-accusative ou auto-justificative.

C'est du moins ce vers qui pointe de la parabole du pharisien et du publicain en prière au Temple.

Le publicain se situe devant Dieu et non pas devant lui-même. Ce n'est pas même devant sa conscience qu'il s'accuserait. Comme l'écrit Saint-Paul : « notre coeur aurait beau nous accuser, Dieu est plus grand que notre coeur. » Non : c'est dans la relation à Dieu - le grand Dieu au-dessus de tout - qu'il reconnaît sa petitesse, et qu'il s'adresse en acceptant de ne pas cacher devant Dieu les contradictions qui le traversent.

Le pharisien lui aussi devrait être devant Dieu, mais il se tient en réalité « en lui-même ». Il ne respecte pas la distance entre lui et Dieu que le publicain marquait avec humilité. Sa longue prière est en fait un discours qu'il s'adresse à lui-même. Il énumère tout ce qu'il fait de bien dans le domaine moral et rituel, et juge au passage les autres hommes qui ne sont pas comme lui.

 L'auto-justification aboutit toujours au mépris des autres.

L'auto-accusation n'aboutirait qu'au désespoir.« Vraiment ce que je fais je ne le comprends pas : car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais […] en réalité ce n’est plus moi qui accomplis l’action, mais le péché qui habite en moi. […] Car je me complais dans la loi de Dieu du point de vue de l’homme intérieur ; mais j’aperçois une autre loi dans mes membres qui lutte contre la loi de ma raison et m’enchaîne à la loi du péché qui est dans mes membres. Malheureux homme que je suis ! » (Rm 7,15-24)

 

Simul justus et peccator

Seule une vraie relation à Dieu - le tout Autre - me permet de me découvrir à la fois justifié et pécheur, dans le même mouvement. C'est la fameuse formule de Luther : simul justus et peccator.

Catholiques et protestants se sont affrontés autour de cette formule. Les uns, catholiques, croyant en la réalité du salut offert dans le baptême, insistaient sur le renouveau intégral apporté par ce sacrement, si bien que l'homme n'est plus fondamentalement pécheur, mais réconcilié avec Dieu.

Les autres, suivant Luther et St Augustin, affirmaient l'expérience que tout en étant sauvé, l'homme continue à être intérieurement déchiré par une tendance à s'éloigner de Dieu, tendance qui n'est cependant plus dominante dans le régime de la grâce chrétienne.

Saint Paul semble déjà exprimer cette contradiction profonde dans un passage dramatique de l’Épître aux Romains :

« Vraiment ce que je fais je ne le comprends pas : car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais […] en réalité ce n’est plus moi qui accomplis l’action, mais le péché qui habite en moi. […] Car je me complais dans la loi de Dieu du point de vue de l’homme intérieur ; mais j’aperçois une autre loi dans mes membres qui lutte contre la loi de ma raison et m’enchaîne à la loi du péché qui est dans mes membres. Malheureux homme que je suis ! » (Rm 7,15-24)

 
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Date de dernière mise à jour : 11/10/2014

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