La famille: le couple

Monseigneur Nicolas Brouwet, évêque de Tarbes et de Lourdes, a mené une réflexion sur la famille chrétienne qui m'a beaucoup parlé et que j'ai grand plaisir à vous livrer. Le traitement de ce sujet tellement d'actualité, est une démarche  qui nécessite du temps si on veut approfondir les différents aspects du sujet. 

Aujourd'hui je mets en ligne ce qui touche à l'unité de base de la famille : Le couple. Viendront ensuite les enfants au sein de la famille. J'aimerais lire vos commentaires sur un sujet aussi brulant et tellement essentiel pour notre société.

<<Mon plus grand bonheur, c’est ma famille>> écrivait Elsa 15 ans, au moment de demander sa confirmation.

Alors que la famille est, en ce moment dans notre société un sujet de débat (union de personnes du même sexe, questions relatives aux mères porteuses ) j’aimerais vous proposer quelques points de réflexions et vous inviter à réfléchir avec moi, à ce que nous attendons de la famille.

Quand je parle de la famille, je pense d’abord à un homme et une femme engagés définitivement dans le mariage et aux enfants nés de leur union. Je crois que ce modèle est cohérent, qu’il a du sens, et que pour les chrétiens il correspond au dessein de Dieu pour l’humanité.Je sais que pour de multiples raisons, il y a d’autres manières d’envisager et de vivre la famille.

<<Mon plus grand bonheur c’est la famille >> Pouquoi une fille de 15 ans prend elle la peine d’écrire cela au moment où elle se présente pour demander le sacrement de la confirmation ?

Parce que dans sa famille elle se sent aimée. A l’origine du lien familial, il y a un amour donné et reçu. C’est d’abord un amour conjugal, l’amour d’un homme et d’une femme qui se sont engagés pour la vie . Mais un amour qui ne s’épuise pas dans un face à face; il s’ouvre à l’accueil des enfants, il est fécond, il veut être partagé. Voilà ce qui fonde la famille: des parents qui s’aiment et des enfants qui sont le fruit de cet amour. C’est un amour fragile qui demande de l’humilité, de la patience, de la constance, qui doit souvent affronter des épreuves, et qui parfois connaît l’échec, sans qu’on sache comment reconstruire ce qui a été défait.

Pourtant la grandeur et la beauté de la vie familiale commencent là, quand cet amour est premier qu’il est recherché et entretenu; quand cet amour est vivant. C’est l’expérience d’Elsa, elle est aimée pour elle même; eller apprend à aimer et c’est ce qui la rend heureuse.

L’amour est un projet

Nous sommes pourtant face à un paradoxe. Nous comprenons que l’amour est source de bonheur. Elsa l’a saisi. Mais nous savons combien il est fragile. Il y a des amours déçus, trahis; des fidélités rompues, des coeurs blessés, meurtris. Voilà ce qui est paradoxal; alors que nous aspirons tous à vivre un amour authentique, où nous serons aimé pour ce que nous sommes et où nous saurons donn er le meilleur de nous même, nous hésitons à faire reposer notre vie sur un lien si fragile, parfois cause de désilusion, d’amertumes. L’amour nous apparaît comme la clé d’une vie réussie. Mais il semble ne pas tenir toujours ses promesses. On est alors tenté de le reléguer dans les à côté de l’existence. Comme s’il faisait davantage partie des loisirs, des passions, des occupations secondaires, alors que le travail, la carrière, l’argent, la po;litique, le pouvoir, l’activité économique seraient eux, des fondements sérieux, solides, capables d’assurer notre avenir.

Pourtant l’amour conjugal, sur lequel repose une famille, n’est pas seulement une émotion, un sentiment qui nous pousse vers l’autre, sans que nous l’ayon vraiment recherché. Car il n’est que cela, il est fragile, éphémère; et la structure familiale est menacée. Pour être solide, pour être durable, l’amour est également un engagement personnel. Il demande une décision : la décision d’aimer l’autre, y compris lorsque la sensibilité n’est plus touchée, y compris lorsque la fascinaton des commencements a laissé place à l’usure du temps. La vie conjugale est faite d’accueil, de communion, de tendresse, de compréhension mutuelle, de partage et de joie. Elle est aussi faite d’incompréhension, de malentendus, de déceptions, puis de dialogue, de pardon, de confiance renouvelée.

<<Il demande une décision : la décision d’aimer l’autre >>Le couple a los angeles pour l avant premiere

lorsqu’ils se disent “oui” le jour du mariage, les époux ne font pas que de rendre public un sentiment qui les unit. Ils manifestent qu’ils ont un projet : celui de partager leur existence, y compris lorsque le travail les accapare, lorsque le dialogue est plus compliqué, ou lorsque la confiance est ébranlée.

L’amour conjugal est d’abord un élan, une promesse, un horizon commun. Mais il se vit, il se prouve, il s’éprouve dans les plus petites réalités de l’existence : quand on rentre fatigué d’une journée de travail ou quand on doit s’occuper de coucher les enfants, pendant le repas ou pendant les trajets en voiture, en rendant visite à des amis ou en s’occupant de la maison, lorsqu’il faut prendre des décisions ou parler ensemble de ce qui ne va pas. C’est là que l’amour se révèle et que, parfois, il est mis à l’épreuve. C’est là aussi qu’il peut transfigurer toute l’existence et lui donner un sens.

Cet amour ne se réduit donc pas à éprouver une attraction pour l’autre et à se sentir bien en sa présence. Il est beaucoup plus que cela, il est plus profond et humain : il est un désir et une décision de vivre pour celui ou celle qu’on a choisi (e); de rechercher son bonheur, de rechercher ce qui va l’élever, le faire avancer, le faire grandir; de rechercher ce qui est bon et bien pour lyui, pour elle, pour le couple, pour la famille entière.

Pour arriver à maturité, il faut que peu à peu, l’amour transforme le sentiment (comme on transforme un essai) en un engagement intérieur à vouloir le bien de celui ou celle qu’on aime, à devenir responsable de la vie qu’il a remise entre nos mains, à continuer à l’aimer y compris lorsque mille raison nous pousse à nous en éloigner.

C’est là que le sacrement du mariage rejoint les époux. Parce qu’en échangeant leur consentement devant Dieu ils sont rendus capables de s’aimer et de se servir mutuellement, non pas seulement avec les seules forces du coeur, mais en puisant à la source : dans le coeur de Dieu.

Par le sacrement du mariage, les époux sont rendus capables d’un amour qui est à la mesure de Dieu

C’est l’esprit saint qui , s’ils y consentent dans leur vie quotidienne , leur apprend peu à peu à s’offrir sans réserve, à s’accueillir dans la joie, à se confier dans la paix, à évacuer toute peur, à espérer.

Et c’est dans la communion eucharistique qu’ils trouvent la grâce de se donner l’un à l’autre.

Dans la célébration de la messe en effet le Christ s’offre à l’humanité, il s’offre tout entier comme un époux se donne à l’épouse. L’homme et la femme qui sont liés par le sacrement du mariage et qui communient le dimanche au cours de la messe puisent dans le Christ ainsi offert, la grâce et la force de s’aimer. Mais il y a plus : ils sont témoins, dans le monde, autour d’eux, auprès de tous leurs proches, du Christ qui aime tous les hommes d’un amour inconditionnel, d’un amour qui va jusqu’à donner sa propre vie. La première mission des époux est de témoigner par leur amour mutuel, même si cet amour n’est pas “un long fleuve tranquille”, de l’amitié, de la tendresse de Dieu pour chacun de nous. Voilà ce qui fait la beauté et la grandeur du mariage.  Voilà le fonctionnement sur lequel repose une famille chrétienne.

A suivre: la venue de l'enfant

Un amour fécond

Je l’ai dit à propos d’Elsa : l’amour ne se contente pas d’un face à face. Parce qu’il veut se partager, se communiquer; celui qui trouve la joie d’aimer veut la répandre autour de lui. S’ouvrir à la vie, accueillir des enfants, est certainement la manière vla plus engageante pour les époux, de communiquer leur bonheur de s’aimer. L’enfant est le fruit de leur amour parce qu’il est conçu au moment où, dans l’échange sexuel, ils se disent à nouveau leur “oui” conjugal. On pourrait dire que l’enfant est la personnafication de l’amour de ses parents.

Cela n’empêche pas l’homme et la femme de connaître d’autres formes de fécondité, en particulier si ils ne peuvent pas avoir d’enfants par eux même.

Un enfant a besoin de l’amour de ses parents pour grandir, se structurer, prendre confiance en lui. Cet amour le rassure, le sécurise; il lui permet de construire, de faire des projets, d’envisager l’avenir. L’amour de ses parentsest au fond, la raison d’être de l’enfant. C’est pourquoi il a tant besoin de voir, de sentir, de savoir que ses parents s’aiment.

L’enfant a également besoin d’être aimé pour lui même. Il est un véritable sujet dans la famille et jamais un objet. C’est là je crois, un enjeu décisif pour toutes les familles. L’enfant est si vulnérable et malléable qu’on peut être tenté de l’utiliser pour soi-même. : comme un simple accomplissement de son désir d’enfant, comme un miroir ou un prolongement de soi, comme une nouvelle chance de réaliser des projets qui n’avaient pas abouti, comme une manière de se rapprocher de qson conjoint…… Quand l’enfant n’est plus qu’un moyen, la porte est ouverte à toutes les formes de violances psychologique et physiques.

Notre regard sur l’enfant dans sa fragilité et dans sa dépendance, nous révelle notre capacité à bâtir des relations dans le respect, la gratuité et l’espérance. La maturité d’un éducateur consiste précisément à voir l’enfant dans ce qu’il est appelé à devenir, à lui ouvrir un avenir en se retirant peu à peu. La sagesse éducative consiste à chercher ce qui est bon, bien et juste pour l’enfant afin qu’il grandisse et puisse vivre un jour sans celui qui l’éduque.

De même que la vie conjugale prend son sens lorsque les époux acceptent chacun de vivre “l’un pour l’autre” et de se donner à lui, de même la vie familiale trouve son élan et sa force lorsque les parents recherchent ensemble, face à Dieu, comme des serviteurs, le bien de leurs enfants.

Mais l’église a toujours pensé que si l’enfant est le fruit de l’amour de ses parents, il est également un don de Dieu. Ses parents ne le crée pas eux-mêmes;, ils le reçoivent comme un présent. La liberté de l’enfant repose sur cette dépossession initiale : il n’est pas un produit. Il est un don. Et les parents sont intendants de son éducation.

Dans l’épisode de la présentation de Jésus au temple (Luc.2, 22-24) Marie et Joseph font à Dieu l’offrande de leur fils 1er né pour manifester qu’ils l’ont reçu du Seigneur et qu’ils n’en sont pas les maîtres. Lorsque des parents présentent leur enfant au baptême, ils confessent eux aussi, que cet enfant n’est pas leur propriété et qu’ils respecteront son espace de liberté personnelle face à Dieu le Père. Ils acceptent ainsi la part d’imprévu, d’inconnu, de surprise que sera l’existence de leur fils ou de leur fille. Ils acceptent que, d’une certaine manière , leur enfant leur échappe parce qu’il es d’abord fils ou fille du père.

C’est ainsi qu’une relation nouvelle s’installe : s’ils sont bien père et mère avec toute la responsabilité éducative que leur confère cette mission, les parents reconnaissent aussi que devant Dieu, ils sont également frères et soeur de leur enfant par le baptême. Une famille chrétienne grandit dans cette double relation : relation de paternité-filiation d’une part, relation de fraternité d’autre part. Voilà ce qui fait sa richesse et son originalité.

Tout cela n’enlève rien à leur mission d’éducation. La famille doit être pour l’enfant, le lieu des premiers apprentissages / en apprenant à marcher, à parler, à découvrir le monde, à le nommer, à le connaître. En apprenant à lever les yeux vers le ciel, à se tourner vers Dieu son père et à le prier; en apprenant également une manière de vivre , d’entrer en relation, de résoudre les difficultés, de s’ouvrir au monde; en apprenant à réfléchir, à raisonner à contempler ce qui est beau; il doit y découvrir aussi la joie de la fête, la solidarité dans les épreuves, le dialogue pour se comprendre, la passion pour des projets communs; bref il doit être héritier d’un art de vivre, d’une sagesse de savoirs qui lui sont indispensables s’il veut apprendre à se situer dans le monde, s’il veut en connaître les règles, les lois; s’il veut pouvoir s’y insérer, y trouver sa place et partyiciper personnellement à sa construction. Il n’accédera à l’autonomie que si on l’a aidé à se situer dans une culture particulière, que si on a osé lui montrer un chemin, que si il a appris des mots pour nommer des choses, les sentiments, les évènements. que s’il s’inscrit dans l’histoire d’un peuple, d’une nation; que s’il a reçu de ses parents des réponses à ses questions premières, notamment au sujet de Dieu et de son projet de salut pour les hommes.  C’est parce qu’il aura été introduit dans le monde par une éducation et une culture de sa liberté pourra se déployer et qu’il pourra mener une existence vraiment personnelle.

<<Un enfant ne peut inventer, créer, innover que s’il a d’abord reçu et commencé à assimiler ce qu’on lui a transmis>>

Un enfant ne peut inventer, créer, innover que s’il a d’abord reçu et commencé à assimiler ce qu’on lui a transmis; il est d’abord un héritier. Et l’héritage qu’il reçoit l’humanise.

L’éducation consiste précisément à le sortir de lui même pour lui montrer que le monde existe avant lui, qu’il ne l’a pas créé, qu’il n’en fixe pas les règles lui même mais qu’il doit s’y intégrer pour en devenir l’acteur. L’éducation est une mise aun monde. C’est pourquoi l’enfant apprend à parler, à s’exprimer, à raisonner, à prendre de la distance vis à vis de lui même net de ses sentiments personnels, pour accéder à l’autre, le comprendre, le respecter et collaborer avec lui. C’est ainsi qu’il apprend à construire des relations, à aimer et à se donner.

Jésus a connu ce long temps de maturation, de croissance humaine et spirituelle sous le regard et la conduite de ses parents, Marie et Joseph <<l’enfant se fortifiait, rempli de sagesse, ert à la grâce de Dieu était sur lui>> écrit l’évangéliste Luc, et il ajoute <<Jésus leur était soumis ...il grandissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes (Luc 2, 40.51.52) Notre humanité passe par cet apprentissage, par ce lent travail sur soi même en se laissant conduire par nos parents et nos éducateurs. Le fils de Dieu a voulu prendre ce chemin dans le silence de la vie cachée de Nazareth. C’est pourquoi les familles peuvent se confier à la bien heureuse Vierge Marie et à St Joseph qui, de manière toute particulère, veillent sur toutes les familles de la terre.

La famille au fondement de la société

La famille est un lieu de découverte et de transmission; mais elle est également une école qui apprend à l’enfant, puis à l’adolescent, à vivre en société.

Car la communauté familiale est une société en miniature. Une des premières expériences que l’enfant fait dans sa famille est celle de la différence sexuelle. Nous naissons homme ou femme. Et cette différence est fondatrice parce qu’elle fait réaliser à chacun qu’il ne peut pas être l’humanité à lui tout seul. Pour comprendre le monde, il a besoin de l’autre, de celui ou de celle qui va l’ouvrir à ce qu’il n’est pas, à ce qu’il ne peut pas expérimenter par lui même.

Pour comprendre le mond dans sa cohérence, dans sa richesse, il faut le découvrir par soi même; mais il faut aussi accepter de le recevoir d’un (e) autre; accepter de découvrir à travers l’autre la part d’humanité qui nous est étrangère.

Et cette différence sexuelle qui est structurante, lorsqu’elle est assumée nous ouvre à toutes les différences.

Une famille est une communauté où l’on apprend à bvivre avec des gens de sexe différent, mais également de génération, d’âges, de tempérament, d’attentes, de désirs, de projets différents. On aprrend ainsi à vivre quotidiennement avec des personnes qui pensent et agissent différemment et à construire ensemble la communauté familiale au jour le jour, dans le dialogue, le respect, le pardon, l’aide mutuelle, à travers les hauts et les bas de l’existence quotidienne.

La communauté familiale est une société en miniature.

On apprend surtout à vivre avec des personnes que l’on n’a pas choisies. Le lien du sang est, en quelque sorte, un lien qui nous est imposé. On le reçoit et il faut construire des relations avec ceux et celles qui nous sont donnés pour parents et qui nous sont à la fois familers et étrangers. C’est ce qui fait la fragilité et la force du lien familial : sa fragilité parce que les différences de caractères, d’intérêts, de formes d’esprits entre les membres d’une même famille en rendent parfois difficile la cohésion dans la vie courante; sa force parce qu’on y apprendà laisser de la place à celui qui nous ressemble pas et à vivre avec lui.

Voilà comment la famille nous éduque à la vie en société. On y apprend à tenir sa place, à apporter sa pierre à la construction de l’ensemble; on y apprend à se sortir des confrontations innévitables. on  yapprend la confiance en soi et on y développe le sens des autres, mais également le sens du bien commun qui passe avant l’intérêt personnel.

Si la famille éduque à la vie sociale, c’est parce qu’elle est la première société humaine, une société naturelle, au sens où l’enfant naît nécessairement d’un père et d’une mère et qu’il a vocation à vivre avec eux. C’est dans la famille, dans son climat de communion et d’affection, et parce qu’elle est aimée pour ellemême que la personne humaine trouve le lieu propice à son développement et à son épanouïssement. CV(est à partir des familles, de ce lieu de protection et de promotion de l’individu, que la société et l’état se construisent.

La famille est en effet un formidable lieu de solidarité à tous les âges de la vie

Parce que le lien du sang est un lien qui oblige moralement. La solidarité familiale joue pleinement son rôle quand un couple s’installe, quand il a des enfants, quand il s’agit de prendre soin de ses vieux parents; la famille est généralement le foyer vers lequel on peut se retourner au moment de l’épreuve, des imprévus, des revers de l’existance.

En sens inverse, la fragilisation des familles est un facteur de précarisation dans notre société. Nous savons bien par exemple, qu’une mère qui vit seule avec ses enfants a d’avantage de mal à trouver un emploi et à se loger. Nous connaissons aussi toutes les difficultés qu’éprouvent les adolescents lorsque les parents se séparent et que les familles se reforment.

A ce sujet, il y a une vision idéalisée de la famille recomposée qui ne correspond pas à la réalité et qui tente de cacher à la fois les difficultés éprouvées par chacun des conjoints et le mal-être des enfants qui se sentent abandonnés. La séparation des parents est toujours une blessure pour un enfant et l’éclatement du couple parental le déstabilise en lui ôtant la sécurité affective à laquelle il aspire pour grandir. C’est cette fragilité qui peut conduire les adolescents au manque d’estime de soi, à des conduites addictives ou à la violence verbale et physiqe.

C’est pour ces raisons que fonder une famille est toujours une prise de responsabilité publique. Et c’est également pour cela que le mariage n’est jamais un projet totalement privé. Evidemment l’amour qui unit les époux est d’abord un lien personnel, intime, secret. Mais leur union, leur vie commune, les enfants qu’ils vont accueillir, qu’ils vont élever, le travail qu’ils exerceront pour subvenir à leurs besoins, leur mode de vie, les solidarités qu’ils mettront en place, seront une manière de contribuer à la vie sociale et à forger l’identité de la société dans laquelle ils vivent.

La famille fragilisée

La personne humaine ne peut se construire toute seule : sans transmission, sans solidarité, sans fraternité. La famille est le témoin et le garant de cette réalité. Il est indispensable de sauvegarder ces écoles et ces foyers de communion et de socialisation que sont les familles. Elles nous sont indispensables pour assurer la protection et la promotion de la personne humaine, afin qu’elle échappe à la tentation de l’isolement et de l’enfermement sur elle même.

Et pourtant il est incontestable que la famille comporte des zones de fragilité.

C’est la fragilité de l’amour conjugal qui se heurte à l’épreuve du temps, aux difficultés de l’existence, à une forme de lassitude; parfois même jusqu’à mener des vies parallèles sous le même toit.

C’est la fragilité d’une famille qui s’est construite sur un élan du coeur sans avoir pris le temps d’enraciner cet élan dans un engagement profond.

C’est la fragilité des relations entre frères et soeurs, entre parents et enfants, entre époux et beaux-parents, entre cousins….parce que les tempéraments, les projets de vie, les points de vue sont différents - et parfois même, radicalement ; fragilité de l’accueil de l’autre pour ce qu’il est, avec son histoire, son caractère, ses désirs, ses élans, ses analyses, ses émotions, ses goûts, ses peurs, ses faiblesses, sa vie concrète.

C ‘est la fragilité de l’éducation des enfants qui demande à la fois des convictions et de la souplesse, de l’autorité et du dialogue, des règles communes et une adaptation à chacun  

C’esi afragilité de l’inexpérience des adultes qui n’ont pas reçu de formation pour être des époux ou des parents accomplis.
On ne pourra jamais éliminercette part de fragilité dans les familles. Elle révelle la spécifité du lien familial qui n’est jamais une forme de contrat mais un lien du sang, de la filiation, de la génération, de l’hérédité. Ce lien nous précède ; et il nous dépasse. Il nous porte, dans la vie familiale à nous accueillir mutuellement sans toujours nous être choisis ; à partager un même héritage, sans forcément nous ressembler; à nous aimer mais dans l’épaisseur et la rugosité de la vie quotidienne; à vivre ensemble mais sans toujours nous comprendre parfaitement.

Pour que le lien porte son fruit de communion, de solidarité, de joie partagée, de transmission, de croissance personnelle, il faut accepter cette part de fragilité dans les relations.

C’est comme si nous étions donnés, livrés les uns aux autres presque malgré nous. Mais c’est aussi dans ces conditions que naît un amour vrai, un amour fort, fait de blessures et d’écoute, de dissensions et de pardon, de déception et de patience. C’est là précisément que nous apprenons à puiser cet amour dans le coeur de Dieu.

C’est vraissemblablement pour ces raisons que la famille est l’objet de méfiance aujourd’hui : Nous lui appartenons sans l’avoir choisie ; et elle nous renvoie à nos propres fragilités. Deux motifs donc pour nous en éloigner : parce qu’elle remet en cause les images que nous nous sommes forgés d’une souveraine liberté et d’une invulnérabilité personnelle dans nos relations.

Il est  vrai pourtant, que certains ont une expérience très négative de la vie familiale , ils ne l’ont pas vécue comme un lieu d’affection, de confiance, de découverte de soi, d’éducation à la relation ou d’épanouissement. Cette réflexion initiée par le synode des évêques est certainement pour nous l’occasion de nous demander ce que nous pouvons proposer pour soutenir et accompagner les familles qui nous sont proches.

La remise en cause de l’institution familiale vient justement d’une déception au sujet de la famille.

  • Parce que l’autorité des parents peut y être ressentie comme une chape de plomb. Elle peut prendre la forme de la manipulation, de la mainmise, du chantage affectif; elle peut se radicaliser en autoritarisme

  • Parce que la transmission peut se faire sans susciter la liberté. Comme si l’enfant n’avait rien à décider, rien à choisir, aucune capacité à délibérer.

  • Parce que l’obéissance peut être imposée par la violence physique.

  • Parce que les relations familiales peuvent rester superficielles : avec peu ou pas de dialogue, d’intérêt mutuel, de confiance et de respect, bref sans amour véritable, la vie familiale se résumant à une simple gestion du vivre ensemble

  • Parce que les enfants peuvent être pris en otage par des parents qui ne s’entendent plus.

Des expériences éprouvantes de la famille en amènent certains à penser que le système familial n’est pas bon et qu’il faudrait le supprimer ou, en tout cas en réduire la portée. La transmission elle même, disent ils, est néfaste pour l’enfant parce qu’elle entrave sa liberté et diminue sa faculté de choisir l’existence qu’il désire. Certains vont jusqu’à dire qu’il faut soustraire l’enfant aux déterminismes imposés par la famille. Ce serait à l’état républicain de prendre le relais grâce à une école garante d’une forme de neutralité éducative enfin débarassée de tout désir de transmettre.

Face à la fragilité des relations familiales, face aux dérives que nous contatons, il est nécessaire de soutenir, d’accompagner, d’encourager la familloe, pas de la supprimer. Lorsque le modèle familial était bien unifié, clair pour chacun, partagé par l’ensemble de la population, il suffisait de reproduire la manière de faire de ses propres parents pour que la famille se forme et grandisse. Depuis quelques décennies,ce modèle n’est plus évident, le couple est plus fragile, l’éducation des enfants plus incertaine.

 

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Date de dernière mise à jour : 19/03/2015

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