Où donc est Dieu ? Il est dans ta nudité !

Pierre se souvint de la parole du Seigneur, qui lui avait dit : « Avant que le coq ait chanté aujourd’hui, tu m’auras renié trois fois ». Et sortant dehors, il pleura amèrement.  
 
Évangile selon saint Luc, chapitre 22, versets 61-62
 
  La méditation

En surface, tu ris, à gorge déployée, on te considère, parfois même on t’admire. Tu es une mère attentive, un patron efficace, une fille hyper cool, une grand-mère impeccable. Tu es un homme vaillant. Tout va si bien dans ta vie… Oh oui ! Tout va si bien dans ta vie !
Mais quelle vie ? Entends-tu, au fond de toi ? 
Une âme pleure les blessures accumulées, les besoins d’amour déçus, les confiances trahies, et tous ces jugements qui pèsent comme un fardeau trop lourd (*) ! Et elle meurt (cette âme), de n’être pas reconnue pour elle-même, refoulée ! Comme une lépreuse sur le bord de ta vie : « Non, non, je ne connais pas cet homme ! » Trop imparfait, trop différent, trop fragile ! 
Sous les coups de tes reniements, ton âme d’enfant de Dieu se meurt, peut-être, de ne jamais s’entendre dire un vrai JE T’AIME. Telle qu’elle est. Tel que TU es. 
Comme nous tous, tu es nu et vulnérable, mais ce n’est pas ce qui te blesse. Ce qui te blesse, c’est le refus de t’accueillir tel que tu es, et de jouer à être un autre. C’est le jeu des masques. Sans eux, crois-tu, tu n’es pas aimable. Or, est-ce bien vrai que tu n’es pas aimable ? Non. C’est le mensonge du Malin, qui depuis toujours défigure l’homme pour défigurer Dieu (**). Et ce mensonge ancien crevasse ta vie. Ce jeu des masques est un jeu mortel.
Sur la croix, Dieu dévoilera bientôt son visage et ce visage c’est justement cette humanité que tu caches. Nue, sans artifice. Fragile et sacrée. Comprends que cela sign

 

En cette heure-là, Jésus dit aux foules : « Comme pour un hors-la-loi vous êtes partis avec des épées et des bâtons, pour vous saisir de moi ! Chaque jour j'étais dans le temple assis à enseigner, et vous ne m'avez pas arrêté. Mais tout cela est arrivé pour que s'accomplissent les écrits des prophètes. » Alors les disciples l'abandonnèrent tous et prirent la fuite.  
 
Évangile selon saint Matthieu, chapitre 26, versets 55-56
 
  La méditation

Comme Pierre, qui avait pourtant affirmé qu’il n’abandonnerait pas Jésus, tu te demandes peut-être si tu es assez fiable pour porter une parole véritable. Mais tu aurais tort de disqualifier trop vite ta capacité de témoigner en vérité et de te réfugier dans un mutisme tout emprunt de pureté. Comme ces prêtres, qui font croire qu’une parole peut souiller la sainteté de Dieu et qui s’empressent de la condamner ! Car, si les gardes s’emparent de Jésus, c’est en effet pour le faire taire. Et ce refus de la parole est pire que toutes les trahisons.
Mais la parole n’est pas soumise à ceux qui « tuent le corps, mais ne peuvent tuer l'âme » (*). En effet, bien que rendu muet par la douleur, c’est par son être même, son souffle jusqu’au bout, que Jésus, continuera de témoigner de la grandeur de l’homme Parole de Dieu. Cette vérité-là est invincible. Elle est universelle. Au-delà de « toutes langues, peuples et nations » (**), l’humanité ainsi livrée s’adresse à tous les hommes, à tout l’homme, à chacun. Même aux païens ! L’ultime de la Parole, la langue la plus sacrée par laquelle Dieu se dit au monde, c’est l’humanité elle-même. Voilà la folle révélation de la croix. Et, à la suite du Christ, tout homme, toute femme, est désormais la chair de cette parole adressée au monde. 
Toi aussi donc. Il suffit que tu sois, et déjà la parole est prête à surgir. Et si tu es porté par le souci de tes frères, tu te découvres parole de Dieu. Alors, même dans ta fragilité, tu peux devenir parole d’éternité.

En chassant les mârchands du temple, Jésus signe son arrêt de mort

Un épisode unique, révélateur et particulièrement détaillé est rapporté par les quatre évangélistes-biographes de Jésus avec une unanimité et une précision qui attestent de son authenticité. Je veux parler de la violente colère qui a envahi le prophète dans le temple de Jérusalem et qui l'a conduit à provoquer un tohu-bohu scandaleux. Il s'est saisi de cordes - qui devaient traîner dans un coin et qui servaient à amener les bestiaux destinés au sacrifice, ou alors il s'en était muni et avait prémédité son acte - et, les repliant de manière à en faire une sorte de fouet, s'est servi de cette arme improvisée pour se lancer à l'assaut des "changeurs" - c'est-à-dire les banquiers-usuriers de l'époque - qui officiaient sur place et qui y tenaient boutique, ainsi que de la populace qui amenait, gardait et vendait les bêtes à sacrifier et toutes sortes d'autres produits destinés à l'offrande.

Il faut se représenter la scène d'un justicier en fureur qui pénètre dans l'enceinte d'un édifice religieux grouillant de pèlerins, de marchands et de bestiaux. Faisant tournoyer au-dessus de sa tête un fouet bricolé avec des cordes:jesus-chasse-marchands.jpg il renverse les tables recouvertes de pièces de monnaie des traficoteurs, les traite de voleurs et de brigands, frappe les hommes et les animaux afin de les pousser vers la sortie. Il doit avoir avoir présenté un aspect suffisamment effrayant pour que la population de changeurs, de maquignons et de vendeurs de blé et de farine destinés aux sacrifices végétaux, et qui se livraient à qui mieux mieux à une simonie éhontée, préfèrent ramasser ce qu'ils pouvaient de pièces de monnaie et de marchandises avant prendre la poudre d'escampette. Mais il fallait le faire promptement car lejusticier au fouet " ne laissait personne transporter aucun objet à travers le temple" précise l'évangéliste Marc.

Les bêtes couraient, les taureaux, les boucs, les béliers mugissaient, bêlaient, ruaient, urinaient, les volières tombaient à terre et s'ouvraient, les pigeons piaillaient, impossible d'éviter de patauger dans les excréments et l'urine. Il régnait un bruit infernal d'animaux entassés, terrorisés, que l'odeur du sang rendait fous. Pour un scandale, ce fut un beau scandale!

Ce vacarme attira " les chefs des prêtres et les scribes, ainsi que les notables et les sacrificateurs".

Au spectacle de ce sacrilège, qui portait une atteinte décisive à leurs propres finances, "ils cherchèrent les moyens de le faire périr"

Pour comprendre la fureur de Jésus, il faut souvenir qu'au centre de la puanteur et du vacarme des animaux entassés trônaient les fameux "changeurs". Comme leur nom l'indique, ils étaient censés "changer" les pièces de monnaie variées légalement en cours, présentées par les pèlerins et les fidèles, en une monnaie dont ils avaient monopole: le demi-shekel. En effet, le rituel du temple était si astucieusement codifié que seule cette pièce-là permettait d'acheter les animaux du sacrifice et de s'acquitter de l'impôt religieux. temple.jpgOr, au lieu de "changer" honnêtement un shekel en deux demi-shekels, ces rapaces ancêtres des banquiers-usuriers se payaient grassement et exigeaient plusieurs fois le montant réel de la valeur en échange de la délivrance de la précieuse pièce de monnaie "religieuse".

C'e sont eux, tout particulièrement, que Jésus a traités de "voleurs". Il fut donc le premier rebelle qui tenta de détruire le système capitaliste usuraire qui s'était établi à l'ombre des motivations religieuses et sur lequel était fondée la prospérité des notables du temple - sacrificateurs, scribes, prêtres grands et petits et de multiples autres simoniaques. C'est pourquoi il a qualifié cette institution une "caverne de voleurs" et ses membres des "bandits".

Les évangélistes Luc et Marc lient clairement l'arrestation de Jésus et sa condamnation à mort à cet acte révolutionnaire de mise en cause de l'organisation financière frauduleuse sur laquelle reposait la prospérité des hiérarques religieux, grand prêtre en tête:

"Les principaux sacrificateurs et les scribes, l'ayant entendu, cherchèrent les moyens de le faire périr; car ils le craignaient" écrit Marc. Ces derniers étaient d'autant plus inquiets et furieux contre cet agitateur public que "la foule était frappée de sa doctrine", ce qui signifie qu'elle approuvait le geste sacrilège. Il fallait donc mettre un terme au plus vite à une sédition naissante qui risquait de détruire le juteux commerce dont ils étaient les bénéficiaires privilégiés.

"Et Jésus entra dans le temple de Dieu, et il chassa tous ceux qui vendaient et qui achetaient dans le temple; et il renversa les tables des changeurs, et les sièges de ceux qui vendaient des pigeons. il leur dit: il est écrit: Ma maison sera appelée une maison de prière; mais vous en avez fait une caverne de brigands.Matthieu 21, 12-13

Ils arrivèrent à Jérusalem, et Jésus entra dans le temple. Il se mit à chasser ceux qui vendaient et qui achetaient dans le temple; il renversa les tables des changeurs, et les sièges des vendeurs de pigeons; et il ne laissait personne transporter aucun objet à travers le temple. Et il enseignait et disait: N'est-il pas écrit: Ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations? Mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs. 
Les principaux sacrificateurs et les scribes, l'ayant entendu, cherchèrent les moyens de le faire périr; car ils le craignaient, parce que toute la foule était frappée de sa doctrine. Quand le soir fut venu, Jésus sortit de la ville.
Marc 11, 15-19

"Comme la Pâque des Juifs approchait, Jésus monta à Jérusalem. Il trouva installés dans le Temple les marchands de boeufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs boeufs; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » Jean 2, 13-16

"Jésus entra dans le Temple, et se mit à expulser les marchands. Il leur déclarait : « L'Écriture dit : Ma maison sera une maison de prière. Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits. » Il était chaque jour dans le Temple pour enseigner. Les chefs des prêtres et les scribes, ainsi que les notables, cherchaient à le faire mourir. Luc, 19, 45-47images-2.jpg

Jésus intervenant à Wall street , le nouveau temple usuraire ?

 

Où est Dieu ? Il est dans tes mains.

 

Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.  
 
Évangile selon saint Jean chapitre 13, versets 14-15
 
  La méditation

Parfois j’entends dire « Pour moi la vie chrétienne c’est surtout de ne faire de mal à personne ! ». Mais franchement, c’est le minimum de la vie chrétienne ! « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse à toi-même » (*) : Il s’agit juste de ne pas faire de vague, pour rester, tout tourné vers soi, bien tranquille dans son coin ! Même le plus petit dans le Royaume ne s’en contenterait pas ! Car ça ne suffit pas pour édifier le Royaume. Jésus, tu le sais, te demande beaucoup plus : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le, de même, pour eux & raquo; (**). C’est ça la règle d’or. La suite du Christ, ce n’est pas de ne « pas faire le mal », c’est de faire le bien, de servir. Nuance ! D’ailleurs, je ne sais pas si tu es frappé comme moi par le « je confesse à Dieu », qu’on dit parfois à la messe. On y trouve une progression dans la gravité : j’ai pêché par pensée, par parole, par action, et par omission. Le plus grave, ce n’est pas d’avoir fait mal, c’est de ne pas avoir fait bien, d’avoir omis de faire le bien. De n’avoir pas fait ! Oui, dans ta vie chrétienne, c’est un devoir de faire le bien, de porter secours, de soulager, mais aussi de créer, de partager les dons que tu as reçus, et de servir ainsi la communauté des hommes. C’est ça aimer ! Car attention ! Aimer, comme laver des pieds… ça ne se fait pas à distance. D’abord, il te faut approcher de l’autre, il te faut prendre ce risque, il te faut même le toucher, avec délicatesse bien sûr, dans une proximité pudique. Et pour atteindre cette intimité évangélique, il faut t’abaisser, te mettre à genoux. C’est par en bas que tu dois commencer à servir. Non par la tête et les belles idées, non par le cœur et ses élans, mais par les pieds ! C’est-à-dire, ce qui, en l’autre, a beso in de tes soins. Servir c’est mettre ta tête, ton cœur, au niveau des pieds de l’autre. Même quand, parfois, ces pieds ne sentent pas très bon. Alors, bien qu’à genoux, tu es plus grand, puisque, à la suite du Christ, tu es les yeux, le sourire et les mains de Dieu.

 

 

 

Tu ne réponds rien ? Vois tout ce dont ils t’accusent ! Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate était étonné.  
 
Évangile selon St Marc, chapitre 15, versets 4-5
 
  La méditation
Tu es là, au pied de la croix où notre Seigneur est suspendu comme un brigand, et la réussite du Serviteur de Dieu, annoncée par le prophète Isaïe, ne te paraît pas franchement éclatante.Hier encore, Jésus nous partageait le pain et le vin, enseignant, exhortant, préparant chacun de nous à la venue du Royaume. Aujourd’hui il s’est tu, comme un agneau qu’on mène à l’abattoir. Tu aimerais qu’il te rassure, qu’il se révèle de façon spectaculaire, qu’il condamne les méchants… «&nbspVas-y maintenant, montre leur à tous que tu es bien le Messie, ne nous laisse pas tomb er !». Mais non, il ne se défend même pas. Il ne dit presque rien. Le temps n’est plus aux paroles mais à l’accomplissement de La Parole. Et c’est si difficile à comprendre ! « Oh, notre Dieu, pourquoi nous as-tu abandonnés ? » Et sous tes yeux incrédules, en même temps que Jésus agonise, c’est ton espérance qui flanche lentement sur le bois, déchirée, défigurée. Avec Marie, tu es là, au pied de la croix, interloqué, humilié. Sans voix. Que dire d’ailleurs, qui n’ajoute à l’horreur de l’obscénité ou du cynisme ? Faut-il que tu cries ? Faut-il que tu ries ? Faut-il que tu pleures ? Et pleurer comment ? Pleurer de dépit, pleurer de rage, pleurer d’amertume de t’être fait rouler par ce Roi-Messie qui t’a fait tant de belles promesses et qui finit lamentablement écorché sur le bois ? Faut-il que tu pries ? Sans doute. Tu peux t’abandonner à la folie de cette Passion, fermer un instant les yeux du monde et ouvrir les yeux de la foi. Pour voir dans la croix, non pas d’abord le signe de la violence dont nous sommes capables, mais surtout le témoignage de l’amour fou de Dieu, qui, définitivement, nous rachète. Qui te libère. Oui, tu peux prier en cette heure sombre, et ainsi accompagner Jésus qui meurt, pour que, toi aussi, tu puisses ressusciter, avec Lui, dans la lumière

 

 

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Date de dernière mise à jour : 18/04/2014

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