Une clé pour ouvrir la parfole

Introduction
On m’a demandé de parler de « Parole de Dieu et catéchèse ». Les liens entre ces deux sujets
peuvent paraître évidents à certains, mais tout dépend de ce qu’on entend par Parole de Dieu et
par catéchèse! En y réfléchissant, je me suis dit que ce qui est premier doit être la Parole et la
catéchèse en second. En fait, je crois qu’il existe de nombreux outils, méthodes, moyens pour
ouvrir la Parole de Dieu. Et si la Parole était un trésor bien protégé, il faudrait sans doute un
trousseau de clés sur mesure pour en ouvrir les portes. En effet, il existe plusieurs clés pour
ouvrir la Parole.
• La Lectio divina, qui consiste en la Parole priée;
• l’exégèse, qui est la Parole analysée, décortiquée, resituée;
• L’homélie qui est la Parole actualisée;
• La Parole partagée ou partage biblique;
• Le Récitatif biblique qui est la Parole « incorporée » ou actée.
Ce soir, je vous présenterai la catéchèse comme une autre clé pour ouvrir la Parole, que
j’appellerai la Parole « résonnée », avec un « é » et non pas « ai ». Parce que l’étymologie du
mot, en grec, signifie « faire résonner ». En catéchèse moderne, on parle beaucoup plus de
« parcours » que de « cours », voici donc le cheminement que je vous propose :
1. Tout le monde en parlait…
2. Tout le monde en parle…
3. Parler pour parler
4. Les parlementeries
5. Parler des « vraies affaires »…
6. paroles et Parole
7. Et enfin… un Droit de parole
Commençons par une affirmation. Pour ouvrir la Parole et la faire résonner, il y a une
condition essentielle : Il faut que la parole soit libre. Toutes les paroles. Car il ne nous
appartient pas de décider, avant de discerner, quelles sont les paroles qui parlent et quelles sont
celles qui n’auraient pas à être entendues. Comme le dit si bien Fred Pellerin :
Il aura fallu déterrer les mots parce que chez nous, comme dans tous les villages,
il existe des milliers d’histoires tenues au silence. Un monde entier dans les
souvenirs que les morts emportent souvent avec eux. Des anecdotes en cachette,
des souvenirs à retrouver pour en goûter l’ampleur légendaire. Des secrets qui
n’attendent que le grand jour pour germer en jasures. (L’Arracheuse de temps)
1
Une présentation de type powerpoint accompagnait la conférence, vous pouvez trouver cette présentation à
l’adresse suivante : http://prezi.com/fn_zxsropoiu/des-cles-pour-ouvrir-la-parole/ .Catéchèse : une clé pour ouvrir la Parole – © Jocelyn Girard 2014 2
En clair, rien de ce qui est enfoui en nous, en chacune de nos histoires, ne mérite d’y rester
caché. Au contraire, tout peut contribuer à faire du sens, tout peut contribuer à rendre plus libres
les humains que nous sommes.
1. Tout le monde en parlait…
Les avancées relatives aux liens entre Parole et Catéchèse
Commençons en 1997. C’est l’année où est paru, en français, le Directoire général pour la
catéchèse, un document romain qui confirmait un ensemble d’intuitions et d’expériences menées
dans les années précédentes, mais surtout qui remettait la Parole de Dieu au centre.
127. La constitution Dei Verbum, du Concile Vatican II, a souligné toute l'importance
de l'Écriture Sainte dans la vie de l'Église. Elle est présentée, conjointement avec la
sainte Tradition, comme « la règle suprême de la foi », car elle communique
« immuablement la parole de Dieu-lui-même » et fait « retentir dans les paroles des
prophètes et des Apôtres la voix de l'Esprit Saint ». (435) C'est pourquoi, l'Église
veut que l'Écriture Sainte ait une place prépondérante dans tout le ministère de la
parole. La catéchèse doit être, concrètement, une « introduction authentique à la
"lectio divina", c'est-à-dire à la lecture de l'Écriture Sainte faite "selon l'Esprit"
qui habite l'Église ». (436)
Rapprochons-nous maintenant de notre culture. Les évêques catholiques du Québec ont produit
plusieurs documents entre 1999 et 2004. Dans Annoncer l’Évangile dans la culture actuelle au
Québec. Les évêques font du mot « parole » un incontournable! Après avoir longuement décliné
leur perception de la culture actuelle et comment le service de la Parole doit mieux y
correspondre, notamment en se faisant « conversation » avec la culture, ils dressent ensuite huit
« points cardinaux » pour orienter les ministres pastoraux :
« Nous proposons huit lieux cardinaux qui méritent de nouveaux investissements ou
la réorientation de nos efforts dans ces espaces d'échanges et de conversations:
• Une Parole qui circule dans la liturgie
• Une Parole active dans le social
• Une Parole présente dans l'espace public
• Une Parole partagée dans les petits groupes
• Une Parole insérée dans les médias
• Une Parole partagée avec les jeunes
• Une Parole adressée aux aînés
• Une Parole partagée en famille » (pp. 83 ss.)
Et je peux vous dire que le mot « parole » est utilisé abondamment dans toute cette brochure,
comme si on avait voulu nous faire comprendre à quel point il est majeur!
Passons à un autre texte, celui-là datant de 2000, juste une année plus tard : Proposer aujourd’hui
la foi aux jeunes. Je note au passage que le principal rédacteur de cette brochure était notre bienaimé
Paul Tremblay… J’ai retracé un extrait qui me paraît comme un petit trésor à partager. Catéchèse : une clé pour ouvrir la Parole – © Jocelyn Girard 2014 3
[La parole] jaillit depuis toujours à la confluence de l'expérience humaine et de la
présence agissante de Dieu. Accueillie d'abord au cœur de la vie, échangée dans la
fraternité des sœurs et frères croyants, entendue à travers les récits bibliques des
premiers témoins de la foi, proclamée et méditée dans les assemblées de prière, la
Parole sans cesse convoque, interpelle, éclaire, réconforte, relance. Il importe que
les jeunes puissent faire cette expérience de la parole qui les fait advenir à euxmêmes,
en même temps qu'ils découvrent la Parole de Dieu qui réveille, qui les
appelle en avant, qui libère, qui guérit. (p. 28)
Permettez-moi d’insister sur quelques mots. D’abord la parole n’est pas la possession de
quiconque, car elle « jaillit » (vous pouvez imaginer comme un geyser). Elle ne jaillit ni de
l’expérience humaine, ni même de la présence de Dieu, mais « à la confluence », comme si la
rencontre de ces deux sources provoquait un jaillissement. Ensuite les autres mots : « accueillie »,
« échangée », « entendue », « proclamée », « méditée ». Quand vous mettez tous ces mots à la
suite, au sens d’une démarche proposée et vécue, vous en percevez les fruits : la Parole
« convoque », « interpelle », « éclaire », « réconforte », « relance »… Ne sont-ce pas là des effets
que nous aimerions voir dans notre propre vie? Mais elle ne s’arrête pas là, car la Parole
« réveille », « appelle », « libère » et « guérit ». Qui ne voudrait pas d’un tel programme?
Allons plus loin dans le temps, en 2004. Les évêques publient un texte majeur : Jésus-Christ,
chemin d’humanisation. Ce document me paraît à l’avant-garde d’une foi incarnée qui veut
vraiment aller à la rencontre de l’humain. Voici un extrait important :
La parole, constitutive de l'humain en tant que tel, est centrale dans la formation à la
vie chrétienne. L'éveil et la maturation de la foi procèdent en effet de l'incarnation du
Verbe dans l'être, l'agir et la parole des humains. Un défi majeur de l'évangélisation
consiste aujourd'hui à se réapproprier le discours chrétien et à réapprendre à dire sa foi.
Comment écouter la Parole de Dieu de manière à nous laisser transformer par elle?
Comment les disciples du Christ peuvent-ils retrouver le chemin de leur parole comme
écho à la Parole reçue, comme manifestation de l'incarnation du Verbe en eux et
chemin de leur humanisation/divinisation? (p. 25)
J’insiste sur l’affirmation très forte qui est faite de « l’incarnation du Verbe (la Parole) dans l’être,
l’agir et la parole des humains ». On ne dit pas des baptisés, des chrétiens, des croyants! On parle
ici des humains! Le Verbe s’incarne donc au cœur de chaque vie humaine et l’éveil de la foi
procède par cette prise de conscience, en soi, que cette Parole qui nous guide, nous appelle, nous
guérit, etc. est déjà là. Allons plus loin. Les disciples du Christ peuvent « retrouver le chemin de
leur parole comme écho », « comme « manifestation de l’incarnation » et comme « chemin de leur
humanisation/divinisation ». Notre parole, ce qui « se dit en nous » est un chemin qui conduit à
l’écho, la manifestation et le chemin… Pour moi, il y a quelque chose de très proche ici de
l’affirmation de Jésus lorsqu’il dit « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ». Tout cela aura des
conséquences lorsque nous parlerons de Catéchèse et Parole de Dieu

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