Un jour il ouvrira la porte

 

Cette semaine, les détenus des prisons de Lille, accompagnés par le frère Franck et l’aumônerie des prisons, nous donnent leur témoignage.


Je ne sais pas où mon enfer a commencé, ce parcours du combattant, un supplice, ce désert. Seuls me reviennent en mémoire les souvenir de ce corps vide, meurtri, fané dans lequel je vivais ou plus exactement j’errais. Je me suis laissée happer par des tentations multiples, par la course de ce monde : quels étaient mes désirs authentiques, mon projet de vie ? Rendus muets, noyés, asphyxiés, enfouis dans le tourbillon des normes préétablies de nos sociétés.
Dans cette course folle, j’ai perdu mon identité, tel un mouton de Panurge avec sa camisole, j’ai suivi tête baissée le funèbre cortège. Je n’ai pas su me poser, prendre du recul, le temps de discerner quels étaient mes valeurs, mes intérêts, ce que j’en faisais. Et dans l’abîme, je me suis jetée, entraînée, aspirée. Dépressive, ma souffrance fut telle que seule la mort semblait en être le remède : encore un coup porté. Tant d’épreuves parcourues seule, dans le noir que je broyais, inconsciemment je me renfermais et je m’enlisais. Il m’aura fallu pas moins de quarante années avant d’estimer ce merveilleux trésor qu’est la vie, tellement belle que je la souhaite éternelle. 
Et c’est avec vous, oui grâce à vous que je me suis réveillée de cette hypnose sournoise, par cette éclosion me voici libérée. En ouvrant grand mon regard et mon esprit, mon cœur aussi, sur vous, sur vos vies, sur la Vie. A travers vos actes, j’ai lu, appris ; de vos échecs, de vos réussites qui pourraient être les miens, je suis ressortie grandie. Sur vos reflets je me suis appuyée, et ils m’ont sauvé. Ex-solitaire, car non jamais plus je ne veux vivre sans les autres, j’ai tant besoin de ce partage précieux, unique, irremplaçable. Vos bonheurs, vos joies, votre gaîté, votre amabilité, vos rires, votre charité sont autant de beautés qui illuminent mes journées. Simplement un regard, une parole, juste un sourire, ces « petits riens » qui resplendissent telles des étincelles : une lumière qui chaque fois jaillit dans ma vie. Je les reçois comme des écrins protecteurs autour de mon cœur.
Aujourd’hui, j’ai la foi. Je marche d’un pas neuf et éclairé. Que Dieu me pardonne tout le mal que j’ai fait. À travers vous : ses témoins, je L’ai rencontré : « Je suis avec vous tous les jours » (*), c’était donc vrai. Il m’aura fallu du temps, mais j’ai enfin compris que notre Seigneur Jésus a réellement vécu, revêtu notre condition humaine, parmi nous. Il est pleinement habilité à nous enseigner. Ses Paroles sont Vérité. De ses graines semées, je me suis nourrie, en moi elles ont germé et porté du fruit. 
« Aimez-vous les uns les autres » (**) nous a-t-il demandé, cet Amour, je l’ai ressenti. À mon tour, humblement, permettez-moi de vous offrir le mien. Dieu, lui, ne nous tente pas, ne nous dupe pas. Il ne nous présente pas de leurres, de pierres ou de funestes desseins. C’est pour toujours son Amour gratuit, inconditionnel, son Pardon, sa Miséricorde, qu’Il nous donne. Libre à chacun de nous de l’accueillir sans plus tarder.
C’est bien à regrets que je dois vous laisser. Puisqu’il me faut conclure, ce ne sera pas avant, s’il vous plaît, de vous avoir convié à lire ou à relire ce bel Évangile qui m’est cher : Luc chapitre 16, versets 19 et suivants (***) et de vous redire sincèrement : Merci.


* Évangile selon saint Matthieu, chapitre 28, verset 20
** Évangile selon saint Jean, chapitre 13, verset 34
*** Évangile selon saint Luc, chapitre 16, versets 19-31

Méditation enregistrée dans les studios de RCF-Lille par deux aumôniers
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